Dans un contexte de flambée des matières premières, le prix du lait payé aux éleveurs fait toujours débat. Alors que certains opérateurs communiquent sur une revalorisation, le groupe Lactalis explique son positionnement et met en avant sa nouvelle démarche RSE, Culture Lait, qui doit permettre une meilleure rémunération en parallèle d’une réponse plus adaptée aux attentes sociétales.

Le groupe Lactalis a ouvert ses portes aux journalistes de l'Afja le 12 septembre.Le groupe Lactalis a ouvert ses portes aux journalistes de l'Afja le 12 septembre. (©Terre-net Média) 

Souvent attaqué pour ses réticences à communiquer, le groupe Lactalis a fait évoluer sa stratégie et ouvre ses portes depuis quelques années face à une demande d’information et de transparence grandissante. Avec 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021, Lactalis constitue en effet le premier groupe laitier mondial, premier groupe sur les fromages, les fromages AOP, et troisième mondial sur le lait et l’ultrafrais, a rappelé le directeur général France, Jean-Marc Bernier, dans le cadre d’une rencontre organisée avec l’Afja à Laval, le 12 septembre.

Entretien avec Jean-Marc Bernier @JmarcBernier Directeur Général France @groupe_lactalis. Etat des lieux et défis à relever pour Lactalis France. pic.twitter.com/dTOfhDx9GQ

— AFJA (@afja1) September 12, 2022« La guerre des prix n’aide pas à la valorisation des produits laitiers »

Les défis sont cependant nombreux, alors que le marché a accusé, en volume, une baisse de 6 % entre 2015 et 2021, et de - 5 % entre 2021 et 2022, un déclin qui concerne surtout les corps gras végétaux (- 20 % entre 2015 et 2021), l’ultra-frais (- 6 %) et le lait UHT qui a, lui, perdu 22 % de ses volumes en 10 ans.

En parallèle, l’inflation va entrainer une augmentation de « 18 % de nos coûts, soit 4 milliards d’euros cette année », souligne le directeur général, alors que le résultat net est de 400 M€. « Nous avons donc un besoin capital et indispensable de passer des hausses à nos clients », insiste Jean-Marc Bernier, constatant que « la guerre des prix dans la grande distribution n’aide pas à la valorisation des produits laitiers ». Le prix du camembert Président n’avait par exemple pas augmenté entre 2000 et 2021. Et la loi Égalim ne sécurise pas le prix des matières premières industrielles. « La marque distributeur n’a pas été traitée dans ce sujet », regrette-t-il, alertant sur les risques pour l’ensemble de la filière si la transformation ne peut pas couvrir ses coûts.

La valorisation du lait, un sujet toujours tendu

En France, Lactalis est le premier collecteur national, avec 5,4 milliards de litres de lait, dont 67 % dans le Grand Ouest. Dans un contexte où le prix du lait payé en France fait débat, Lactalis justifie son positionnement : « 50 % du lait est destiné aux GMS, mais 50 % est destiné à l’export, notamment sur le beurre poudre, et là il est difficile de prévoir à plus de trois mois, compte tenu de la volatilité des cours. On ne peut donc pas garantir un prix du lait sur le long terme au producteur », explique Jean-Marc Bernier, répondant en creux aux déclarations de Lidl qui a annoncé une revalorisation à 500 €/1 000 l. le prix du lait payé aux producteurs de la laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel.

Pour autant, d’après une enquête BVA, « 80 % des producteurs jugent leur relation avec Lactalis plutôt bonne », souligne de son côté Fabien Choiseau, directeur des approvisionnements Lait France du groupe. Mais « le sujet est toujours le même, poursuit-il, à savoir que le prix du lait n’est jamais suffisant pour les producteurs. Notre objectif, c’est donc de faire comprendre quel est le marché ».

Une nouvelle démarche, « Culture Lait »

Dans cette dynamique, le groupe déploie auprès de ses producteurs une nouvelle démarche RSE, Culture Lait, depuis juillet. Cette dernière, qui vise à mieux répondre aux attentes sociétales, est structurée autour de quatre piliers : préserver la nature, garantir la qualité, respecter l’animal, renforcer le lien.

La démarche mobilise plusieurs outils, comme la charte des bonnes pratiques d’élevage, Boviwell, Cap2ER et un questionnaire développé par Lactalis. La validation des sept critères antibio de la charte des bonnes pratiques, la réalisation d’un diagnostic Boviwell, et celle d’un CAP 2ER niveau 1 font partie des critères de la charte Lactalis Culture Lait.

Les vaches laitières de Pierrick Boudet à Mordelles.Les vaches laitières de Pierrick Boudet à Mordelles. (©Terre-net Média) 

Un exemple au Gaec du Mée, à Mordelles (35)

A Mordelles, en Ille-et-Vilaine, Pierrick Boudet livre à Lactalis depuis plusieurs générations. Installé en Gaec sur la ferme familiale depuis 1988, il exploite 200 ha avec ses trois associés (40 ha d’herbe, 80 ha de blé et 80 ha de maïs) pour l’alimentation de ses vaches laitières. Décrit comme un élevage « d’avenir » par Lactalis, la démarche Culture Lait y a été mise en place.

Pierrick Boudet dans le bâtiment de ses vaches laitières, le 12 septembre.Pierrick Boudet dans le bâtiment de ses vaches laitières, le 12 septembre. (©Terre-net Média) 

Ses 135 Prim’Holstein (120 à la traite) sont au pâturage de mars à mi-novembre et produisent environ 9 300 litres par vache, pour un total de 1,280 millions de litres. Le bien-être animal a une place prépondérante : le bâtiment, rénové en 2010, respecte tous les critères Boviwell, notamment en matière de luminosité, abreuvement, nombre de logettes… Les animaux sont libres de sortir. Dehors, des haies plantées il y a 25 ans permettent aux vaches d’être à l’ombre quand il fait trop chaud. L’éleveur pratique également l’ébourgeonnage chimique dans les premiers jours. Il bénéficie de tous les bonus Lactalis et touche environ 430 €/1 000 litres.