Interdits en 2019 en Suisse, les néonicotinoïdes n’y ont pas été temporairement ré-autorisés malgré les problèmes de jaunisse rencontrés par les producteurs. Pour ne pas enrayer davantage le déclin de cette production, le gouvernement verse des aides à l’hectare plus importantes, et une protection douanière a été mise en place pour limiter l’importation de sucre.

Comme au sein de l’Union européenne, les néonicotinoïdes sont interdits en Suisse, ce qui pose problème aux betteraviers, confrontés à la jaunisse. En cinq ans, le nombre de producteurs est passé de 6 000 à moins de 4 000, pour une surface de 16 500 ha, soit moins de 2 % de la SAU du pays.

Si elle n’a pas réintroduit le Gaucho, néonicotinoïde permettant de lutter contre les pucerons responsables de la maladie, la Confédération -l’Etat suisse- a exceptionnellement autorisé deux autres produits phytosanitaires en 2021 et 2022 et a surtout augmenté les aides à l’hectare pour la culture de betteraves qui atteignent désormais 2 100 francs suisses (CHF), soit près de 2 100 euros. Comme pour les autres productions, le gouvernement tient à maintenir une part importante d’auto-approvisionnement qui avoisine aujourd’hui les 56 % en sucre. Depuis le 1er janvier 2022, la tonne de sucre importée est ainsi taxée de 70 CHF. Ces mesures – aide et taxe à l’importation – ont été prolongées jusqu’à 2026.

Environ 51 € par tonne en 2022

Compte tenu de la baisse de production, les importations, principalement depuis l’Allemagne, restent nécessaires pour alimenter les deux sucreries du pays, Aarberg et Frauenfeld, détenues par le groupe Suisse SA (dont 42 % appartiennent aux producteurs). Depuis trois ans, elles n’ont pas gagné d’argent. « En 2014, avec la fin des quotas, on a créé des réserves car on savait que l’on allait vers une crise profonde », explique Josef Meyer, président de la Fédération suisse des betteraviers FSB), rencontré en juin dans le cadre d’un voyage d’étude organisé par l’Afja. Ces réserves sont aujourd’hui épuisées, mais les subventions accordées par l’État compensent les pertes de rendement liées à la jaunisse, précise-t-il.

Avec ses associés, il cultive 30 ha de betteraves sur son exploitation, le domaine du Crest à Jussy, près de Genève, sous le label IP Suisse, un label spécifique au pays avec des exigences accrues sur la réduction des produits phytosanitaires et la préservation de la biodiversité. Le transport se fait par le rail : les betteraves sont emmenées en tracteur à la gare où elles partent en train pour Aarberg, à plus de 100 km de l’exploitation.

Les betteraves de l'exploitation de Josef Meyer, à Jussy, près de Genève.Les betteraves de l'exploitation de Josef Meyer, à Jussy, près de Genève. (©Terre-net Média) 

La présence de pucerons dépend des années et des régions, les zones plus en altitude étant moins touchées. « On doit accepter qu'il y ait des années où ça va tout seul et d'autres non », explique Dominic Walter, l'associé de Josef Meyer. Il y a deux ans, la récolte a été réduite de moitié à cause de la jaunisse, avec un rendement de 30 t/ha contre 70 à 75 t/ha habituellement, indique l'agriculteur. 

Si les néonicotinoïdes impactent le rendement dans les zones betteravières, avec les subventions accordées en compensation, il devient intéressant de produire des betteraves même dans les régions non betteravières. Cette année, les prix devraient avoisiner 51 CHF la tonne (51 €/t), contre 45 CHF/t l’année dernière.

Dominic Walter (à gauche) et Josef Meyer (à droite) sur leur exploitation à Jussy (Suisse).Dominic Walter (à gauche) et Josef Meyer (à droite) sur leur exploitation à Jussy (Suisse). (©Terre-net Média) 

L’espoir de variétés résistantes

Si le soutien politique fort est une solution conjoncturelle, « on compte beaucoup sur les variétés résistantes » à l’avenir, explique Josef Meyer. Résistantes à la jaunisse, mais aussi au Syndrome des basses richesses (SBR), qui se développe depuis 2017 en Suisse en Allemagne. Cette maladie, transmise à la betterave par une cicadelle, provoque une chute importante de la teneur en sucre et de son extractibilité dans les betteraves. En 2020, 2 500 ha ont été touchés en Suisse.

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— AFJA (@afja1) June 13, 2022