Alors que les inquiétudes se cristallisent sur la production de l’hémisphère nord, la plupart des pays importateurs de blé du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Asie du sud devraient être particulièrement demandeurs sur la campagne 2022/23. Pour Agritel, la France pourrait tirer son épingle du jeu à l’export et le marché s’annonce haussier sur Euronext d’ici à fin juillet.

courbe des cours des cereales sur euronextD'après le cabinet Agritel, le marché du blé tendre sur Euronext devrait être haussier dans les trois mois à venir. (©AdobeStock)

Chez les principaux importateurs de blé du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Asie du sud, la production de blé inquiète tandis que la demande va rester haute, expliquait l’analyste Nathan Cordier dans une note d’Argus media diffusée début mai.

Au vu des indices de végétation en baisse depuis février-mars, le cabinet d’analyse s’attend à des rendements au plus bas pour la Turquie (2,1 t/ha), l’Iran (2 t/ha), la Syrie (moins de 2 t/ha) et l’Irak (moins de 1,75 t/ha). Au Maroc, en Algérie et en Tunisie, des pluies bénéfiques n’ont pu sauver les potentiels entamés pendant l’hiver.

Et avec des températures qui ont dépassé les 45-50 °C, l’Inde, le Bangladesh et le Pakistan ont de leur côté connu un mois de mars historiquement chaud, qui a fait fondre des potentiels de production de blé plutôt bons en février.

Harsh heat will build in Southern Asia (again) in the coming days.Pakistan will break 50°C (122°F) in places. This follows a very hot March and hottest April on record. The heat really is relentless. Very hot also for large parts of India.@UN @ErikSolheim @UNinIndia @ndtv pic.twitter.com/co9iPhZMOT

— Mohd Irfan (@irfan_21dz) May 10, 2022

Avec un rendement à peine supérieur à 2,7 t/ha, la production indienne s’annonce à « 90-95 Mt, alors que le marché espérait 110 Mt ». Et les volumes cumulés pour les neuf autres pays n’atteindraient même pas 70 Mt, « le plus bas niveau depuis 2008 ».

En parallèle, Agritel s’attend à ce que les prix très hauts du blé réduisent la demande dans ces pays sur la campagne 2022/23, surtout pour l’alimentation animale. Mais pas assez pour entamer les besoins en importations, qui atteindraient un record de 38,4 Mt.

La France pourrait tirer parti de la situation

Or la plupart de ces pays sont particulièrement dépendants de la Mer Noire : sur ces cinq dernières années, 45 % des blés importés par la Tunisie étaient ukrainiens. Le chiffre était de 39 % pour le Pakistan, 26 % pour le Bangladesh, 21 % pour le Maroc.

« La France pourrait sortir gagnante de cette situation, et prendre des parts de marché sur les marchés tunisien et marocain », juge Nathan Cordier.

Entre taux de fret, prix des assurances et obligations de payer en rouble, la guerre entame aussi le potentiel d’export de blé de la Russie et va notamment poser problème à la Turquie (dépendante à 70 % des blés russes), au Pakistan (43 %), à la Syrie (40 %) ou encore au Bangladesh (33 %) et à l’Iran (30 %) et « offrir des opportunités aux autres exportateurs ».

L’offre mondiale ne va pas rebondir

Quant à l’offre mondiale en blé, « elle ne va pas rebondir ». Avec des stocks de 19,3 Mt et une production attendue de la céréale à 48 Mt voire 45 Mt selon Agritel, les disponibilités étasuniennes atteindraient ainsi cette année leur niveau le plus bas depuis 1974/75. « La situation est à risque et on attend impatiemment les pluies annoncées », note Nathan Cordier.

De fait, les conditions de culture du blé sont inquiétantes dans l’hémisphère Nord, au-delà du Maghreb, de l’Asie du sud et du Moyen-Orient. Le blé d’hiver souffre du stress hydrique dans le sud des USA tandis que les conditions sèches en France et en Allemagne préoccupent de plus en plus et menacent les rendements.

« Nous travaillons actuellement avec des rendements de 70,8 q/ha en blé tendre en France », précise-t-il, et les disponibilités hexagonales sur la campagne 2022/23 pourraient être « parmi les plus basses de ces 20 dernières années ».

Entre les incertitudes sur le blé ukrainien, les faibles productions à venir chez les principaux importateurs, la météo aux USA et en France et les questions sur la capacité d’export russe, Argus media estime que le marché sera haussier dans les trois mois qui viennent pour le blé sur Euronext.

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