Entre la présidence française de l’UE, et les élections présidentielle et législatives, l’année sera favorable à une attention accrue des politiques aux sujets agricoles. La FNSEA entend donc faire valoir ses propositions pour une agriculture durable, productive, rémunératrice et attractive et inscrire le sujet parmi les priorités de l’agenda des candidats.

2022 sera « une année positive et combattive » pour la FNSEA qui a présenté le 11 janvier ses principales propositions pour l’agriculture, sur le plan européen, puisque la France préside pour six mois le conseil de l’Union européenne, et sur le plan national, en vue de l’élection présidentielle d’avril et des législatives en juin.

Harmonisation, protéines, clauses miroirs : des priorités européennes

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, la FNSEA souhaite « mettre en avant le modèle agricole français », rappelle Christiane Lambert, présidente du syndicat pour qui « l’harmonisation des règles de concurrence entre pays » s’avère être la priorité, notamment sur le sujet des produits phytosanitaires. D’autres problématiques seront également mises sur la table, comme la réduction de la dépendance aux protéines végétales, la croissance durable et surtout les clauses miroirs dans les accords de libre-échange.

Redonner de la compétitivité à l’agriculture française

Ce cadre européen clair doit constituer une base pour, au niveau national, restaurer la compétitivité en déclin de l’agriculture française, en limitant les distorsions de concurrence. « Notre volonté est de faire en sorte que la compétitivité passe par un coup d’arrêt à toutes les surtranspositions », insiste Christiane Lambert.

Ds un contexte de ?? du revenu des #agris & du nbre d’exploitations en ????, ns appelons les candidats à la #Présidentielle2022 à un sursaut : votre objectif doit être une meilleure rentabilité des exploitations. #SouverainetéAlimentaireNos propositions ??https://t.co/i62XphHcrj pic.twitter.com/bsITjoflpt

— La FNSEA (@FNSEA) January 11, 2022

Il faudra également, pour le syndicat, « baisser les taxes de production, et donner aux exploitations agricoles des outils de résilience » à l’image du projet de loi sur l’assurance récolte actuellement examiné à l’Assemblée nationale et que la FNSEA, qui a longtemps porté cette réforme, espère bien voir aboutir. Dans le cadre du Varenne de l’eau, qui doit s’achever le 27 janvier, des décisions sont également attendues en matière de gestion de l’eau, en réponse « à des engagements du président de la République lorsqu’il était candidat », rappelle Christiane Lambert.

L’attente s’avère par ailleurs très forte quant aux effets concrets de la loi Égalim 2, à un moment où les cours de toutes les matières premières s’envolent.

Dire qu’il faut offrir des produits très peu chers, c’est tirer vers le bas l’alimentation

« Nous regrettons que dans les politiques de l’alimentation et les négociations commerciales, les prix bas soient mis en avant pour défendre le pouvoir d’achat des consommateurs. Dire qu’il faut offrir des produits très peu chers, c’est tirer vers le bas l’alimentation », dénonce Christiane Lambert. Le sujet de la précarité alimentaire mérite selon elle « un travail plus approfondi ». « Nous sommes à huit années de déflation alimentaire », rappelle-t-elle, alors que les mesures sanitaires et le télétravail vont probablement permettre à nouveau à la grande distribution de voir ses volumes augmenter.

L’agriculture, acteur majeur de la transition

Face au changement climatique, le secteur agricole, très dépendant du climat, a des solutions à proposer, indique de son côté Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA, qui rappelle l’ambition du syndicat de « faire de l’agriculture le premier fournisseur d’énergie renouvelable d’ici 2030 », via notamment la méthanisation et le biogaz. La détaxation des carburants d’origine agricole pourrait constituer un moyen d’accélérer ce développement, explique-t-il. 

"Ns défendons la croissance durable pour la ????. L' #agriculture a le potentiel de devenir le 1er prod. d' #EnR & de relever le défi de la neutralité carbone. Candidats, appuyez-vous sur nos propositions pr agir sur la perf. environnementale de l'agriculture" https://t.co/i62XphHcrj

— La FNSEA (@FNSEA) January 11, 2022

L’objectif de neutralité carbone passera également par la production agricole, d’autant plus que 85 % du potentiel de captation de carbone se trouve dans les terres agricoles, notamment les terres de grandes cultures, ajoute-t-il, s’appuyant sur un récent rapport de l’institut Montaigne.

Le vice-président de la FNSEA rappelle également l’importance d’accompagner, au-delà de la seule agriculture, la vie économique des territoires ruraux. Le manifeste pour des ruralités vivantes, porté par la FNSEA et présenté au congrès de Niort, compte désormais 42 organisations signataires.

L’installation, un chantier qui reste prioritaire

Le dernier recensement agricole, riche d’enseignements, a également montré que le nombre de jeunes agriculteurs de moins de 40 ans n’avait pas diminué en 10 ans. « La politique d’installation permet de renouveler les générations, mais 50 % des agriculteurs vont quitter le métier dans les 10 ans qui viennent », alerte Christiane Lambert. « Pour faciliter la transmission, nous souhaitons que la réforme foncière promise puisse être reprise par les candidats », ajoute-t-elle, alors que la loi foncière plusieurs fois annoncée par le président de la République n’a finalement pas pu voir le jour. Si la loi Sempastous a permis des avancées sur la régulation du foncier, de nombreux points restent en suspens notamment sur la transmission, le portage, ou le statut du fermage, précise Henri Bies-Péré. L’accès au foncier fait en effet partie des leviers pour installer davantage d’agriculteurs.

Malgré les difficultés entrainées par la crise sanitaire, qui marque la fin de ce quinquennat Christiane Lambert se satisfait en tout cas du retour de l’agriculture sur le devant de la scène. Alors qu’en 2017 et 2018, la montée en gamme de l’agriculture était mise en avant par le gouvernement, les dépendances révélées par la crise « ont déclenché la volonté de relocaliser », souligne la présidente de la FNSEA. Ce qui ne pourra se faire sans « les conditions économiques et fiscales suffisantes », rappelle-t-elle.  

Le syndicat entend désormais porter ses propositions auprès des différents candidats, que le Conseil de l’agriculture française souhaite recevoir le 31 mars prochain à Besançon, dans le Doubs, à la suite du congrès de la FNSEA.