Rapidité, confort de travail, précision, … les nombreux arguments en faveur du désherbage mécanique autoguidé du maïs ne manquent pas, pour les agriculteurs bio. Mais ils ne font pas toujours le poids face au coût élevé. En Cuma, un tel investissement peut pourtant être pertinent. Tour d’horizon en Maine-et-Loire.

Jean-François PerdriauJean-François Perdriau : « C’est essentiellement sur la précision du travail que l’on gagne : là où on était à dix centimètres du pied de chaque côté, on est aujourd’hui entre deux et cinq centimètres ». (©Antoine Humeau)

Sur son exploitation bio de Saint-Georges-sur-Layon (Maine-et-Loire), Manuel Boche est ravi de pouvoir souffler un peu. Ses quinze hectares de maïs et cinq hectares de sorgho, il les a implantés au Monosem six rangs autoguidé RTK, et pour le désherbage, le système GPS a suivi la ligne. « Quand on a vingt hectares à biner, on n’a pas besoin d’être concentré, c’est quand-même du confort de travail, et en plus il y a moins de pieds cassés ». Le système RTK lui permet de ne pas passer deux fois au même endroit ou d’oublier une zone. Au sein de la Cuma, ils sont huit dont six en bio à utiliser la barre de guidage RTK. C’est l’ancien président, Médérick Thomas, qui avait poussé à cet investissement. Lui, produit des plantes médicinales. « C’est essentiellement sur la précision du travail que l’on gagne, argumente son associé Jean-François Perdriau. Là où on était à dix centimètres du pied de chaque côté, on est aujourd’hui entre deux et cinq centimètres ».

Plus grande amplitude horaire

Le débit de chantier est également sensiblement supérieur : « On double pratiquement la vitesse d’avancement, soutient Alexis Cochereau, animateur à l’Union des Cuma, à Angers. Si le maïs est tout jeune, au stade 3-4 feuilles on va à 5 km/h, mais au-delà, on peut monter à 8 ou 9 km/h, sans avoir besoin de se retourner tout le temps ». Évidemment, on ne bine le maïs avec système RTK que s’il a été semé de cette façon, puisque c’est là qu’il prend ses repères. Si le maïs a été semé en six rangs, il faut le désherber avec une bineuse six rangs.

À Saint-Macaire-du-Bois, Tony Godineau est adepte du guidage de précision RTK depuis une quinzaine d’années. Sur sa vaste exploitation de 380 hectares de grandes cultures, il dit désherber avec un débit de chantier de quatre à dix hectares par heure. « La première année, on a gagné entre 5 et 7 % de temps et de carburant » par rapport au désherbage mécanique classique. Autre avantage, la bineuse peut travailler même en luminosité réduite. Cela permet d’élargir l’amplitude horaire, ce qui n’est pas anodin pour un investissement en Cuma, alors que tout le monde a besoin de l’outil au même moment.

Des prix qui flambent

Acheter un matériel de précision ne semble pouvoir se faire que collectivement. « Dans le cadre d’un investissement Cuma, cela devient possible pour des éleveurs bio d’utiliser du matériel de précision », remarque Élisabeth Cocaud, chargée de mission agriculture biologique à la chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire. « C’est une technique qui marche bien, c’est éprouvé ». L’argument principal à mettre en avant selon, elle, c’est la pénibilité. « Le matériel de précision, c’est un bon moyen d’attirer les jeunes, en Cuma ! » glisse Alexis Cochereau. À la Cuma de Saint-Georges-sur-Layon, le système RTK a coûté 12 000 euros, et la bineuse presque autant. Grâce au PCAE, 40 % a été subventionné. Le coût du binage à l’hectare n’a pas été calculé, mais chez Tony Godineau, il serait d’environ 20 euros. Il désherbe pas moins de 200 hectares de maïs et fait quelques prestations chez d’autres agriculteurs, pour mieux amortir l’investissement.   

Écran GPS RTKGrâce au système de guidage RTK, la bineuse suit au centimètre près les lignes enregistrées lors des semis, ce qui permet de désherber à 2 centimètres de la plante. Coût de l’investissement : 10 000 à 12 000 euros.  (©Antoine Humeau)

La Cuma de l’Espoir, à Angrie, a elle aussi fait le choix d’un matériel de désherbage de précision : bineuse six rangs équipée de caméra et palpeurs, ainsi qu’une herse étrille et une houe rotative. Montant total : 72 000 euros, dont 40 % de prise en charge PCAE et 10 000 euros de subvention du syndicat. 27 agriculteurs ont pris des parts sociales sur ces machines, dont sept en bio. « C’est compliqué de rentabiliser ces outils-là, si on n’avait pas eu ces aides, on aurait acheté une bineuse toute simple » admet Frédéric Robert, l’un de ses administrateurs. L’an dernier, année exceptionnelle, la bineuse a désherbé 375 hectares. « Si les conventionnels n’étaient pas là pour ramener des hectares, la machine ne serait pas rentable dans la Cuma » assure-t-il. Pas facile non plus, pourtant, de convaincre les conventionnels. « Un pulvé, ça avance à 10 km/h et ça travaille sur 24 mètres, une bineuse ça avance à 8 km/h et sur 5-6 mètres seulement », explicite Alexis Cochereau. Et puis surtout, le coût est prohibitif. « Pour une bineuse 12 rangs équipée de caméra, on peut atteindre 40 000 €, la caméra c’est la moitié du prix de la bineuse » constate le technicien de l’Union des Cuma. Coût moyen à l’hectare : « 20 à 25 euros ».

Coupler caméra et RTK

Le prix des matériels de désherbage de précision aurait flambé depuis quelques mois, «  + 15 % à 25 % depuis le début de l’année » s’indigne Frédéric Robert qui n’a pas perdu sa casquette de représentant syndical (il est aussi numéro deux de la FDSEA de Maine-et-Loire). « Les prix des bineuses auraient doublé en quelques années », confirme Alexis Cochereau. La solution RTK est moins onéreuse que la bineuse équipée de caméra, mais il faut le même tracteur pour semer et biner. Pas toujours pratique.

Ceux qui ont testé le matériel de précision ne veulent plus revenir en arrière. À la Cuma de Saint-Georges-sur-Layon, on songe à l’étape d’après : acheter une bineuse avec caméra, pour la coupler au RTK. Objectif : se rapprocher encore un peu plus du pied de maïs. Manuel Boche a fait ses comptes : « sur cette bineuse autoguidée à plus de 40 000 euros, on ne sera que 5 ou 6, il faudrait que l’on ait au moins 150 à 200 hectares d’engagés ». Parmi eux, l’exploitation de Médérick Thomas. « En bio, il faut qu’on fasse propre », justifie son associé Jean-François Perdriau. « Je suis convaincu que le désherbage de précision permet de gagner des quintaux à la récolte », appuie Manuel Boche.