Si le secteur agricole, via l’utilisation de produits phytosanitaires, est en partie responsable de la qualité de l’eau, les évolutions réglementaires et les bonnes pratiques ont permis une amélioration notable au cours des dernières années.

La qualité de l'eau en France a progressé ces dernières années.La qualité de l'eau en France a progressé ces dernières années. (©Pixabay) 

En 10 ans, entre 2008 et 2018, la présence de produits phytosanitaires dans les cours d’eau a baissé de 20 % sur le territoire national, en lien avec la diminution des concentrations d’herbicides. L’indice de pesticides dans les cours d’eau (IPCE) est en baisse notamment dans les zones de plus fortes utilisation de produits phytosanitaires (grand bassin parisien, Bretagne, Aquitaine…), a rappelé l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) à l’occasion d’un point de décryptage, le 2 juin.

Evolution de l'indice pesticides dans les cours d'eau de 2008 à 2018Evolution de l'indice pesticides dans les cours d'eau de 2008 à 2018 (©UIPP) 

Un état chimique des eaux en constante amélioration

Entre 2009 et 2015, la part des eaux de surface classées en bon état chimique est passée de 43,1 % à 62,9 %, et la part des eaux souterraines en bon état est passée de 58,9 % à 69,1 % sur la même période, une tendance qui devrait se poursuivre dans les prochaines années.

La mauvaise qualité de l’eau n’est d’ailleurs pas la principale raison expliquant la fermeture de points de captage, les deux tiers étant liés à des raisons administratives ou des objectifs de rationalisation. Pour les 34 % de fermeture pour cause de pollution, 41 % le sont à cause d’une présente excessive de nitrates et pesticides, 23 % pour des raisons microbiologiques, les autres fermetures étant liées à la présence d’arsenic, d’hydrocarbures, de sulfates, solvants, de fer, manganèse, sélénium ou de fluorures.  

Deux seuils d’alerte : technique et sanitaire

Pour préserver la santé des consommateurs, deux seuils existent. Le premier est un seuil d’alerte européen, à 0,1 µg/l., et qui concerne toutes les substances phytosanitaires. Il s'agit d'un seuil purement technique, très bas. En cas de dépassement, on surveille s’il n’y a pas de risque sanitaire, ce risque étant quant à lui mesuré pour chaque substance de façon spécifique, et exprimé par la valeur maximale d’exposition (Vmax), c’est à dire la valeur maximum à laquelle la présence du produit dans l’eau ne présente aucun risque pour la consommation humaine. C’est seulement si la Vmax est dépassée que la distribution de l’eau est stoppée. En 2018, l’arrêt ponctuel de la distribution d’eau a concerné 0,01 % de la population, soit 9 000 personnes.

Des pratiques agricoles plus encadrées

Souvent montré du doigt lorsqu’il s’agit de pollution de l’eau, le secteur agricole a beaucoup travaillé sur ses pratiques pour limiter l’usage et la présence de résidus de pesticides dans l’eau. Dès l’étude des demandes d’autorisation de mise sur le marché, les autorités définissent des mesures de gestion des risques telles que distances de sécurité pour l’application des produits de protection des plantes à proximité des points d’eau. Ces zones non traitées peuvent atteindre des largeurs de 5 à 100 mètres qui peuvent être assorties d’obligation de bande enherbées. L’application de produits phytopharmaceutiques est par ailleurs encadrée par l’arrêté ministériel du 4 mai 2017, qui définit les conditions d’application requises : équipements de protection, vitesse du vent maximale, conditions de rinçage des cuves…

Le critère de biodégradabilité aujourd’hui prioritaire

Aujourd’hui, l’essentiel des molécules que l’on retrouve dans l’eau sont des molécules anciennes, interdites il y a plusieurs années, mais qui se dégradent peu. Désormais, lorsque l’on met une molécule sur le marché, le critère de biodégradabilité est prioritaire, explique l’UIPP. Le durcissement continu de la législation conduit aujourd’hui à n’autoriser que les substances phytopharmaceutiques qui se dégradent rapidement. Régulièrement, des molécules sortent du marché car elles ne passent plus la réglementation, notamment en ce qui concerne les conditions de dégradation des substances.