À l'occasion de la Journée mondiale du lait, mardi 1er juin, le Cniel a fait témoigner plusieurs jeunes sur leur métier, d'éleveur/éleveuse, mais aussi de fromager/fromagère, de technicien/technicienne de laiterie... Le point commun, à l'amont comme à l'aval de la filière : une même passion pour le produit et pour une profession pleine de sens et de valeurs. Le moteur du succès de leurs projets, comme de tous d'ailleurs !

jeunes eleveurs cremiers fromagers (©Fotolia, Pixabay // Création Terre-net Média)

Après un BTS productions animales et quelques années de salariat dans une coopérative, Apolline Martel est en Gaec avec son père depuis presque un an. Une ferme familiale, en Ille-et-Vilaine, qu'elle juge « attractive », en termes d'organisation du travail notamment. Les deux associés prennent en effet 2 week-end sur 3 et 4 semaines de congés par an, grâce à leurs deux salariés (1,5 équivalent temps plein). Cette gestion du temps et de la main-d'œuvre, elle le sait, est primordiale et elle a encore plein de choses à apprendre dans ce domaine, comme sur le plan économique d'ailleurs. L'important aussi selon la jeune femme d'une vingtaine d'années : « Même en famille, on est au travail », il faut séparer les deux sphères, privée et professionnelle, et surtout « faire attention à la place de chacun ».

« Je me réveille avec le bonheur d'aller travailler »

Pour Apolline, l'attractivité du métier d'éleveur, ou d'une exploitation, est également une question de responsabilités. « Mon père m'a laissé gérer le cheptel dès le départ pour que je sois bien dans mes bottes. Ainsi, tous les matins, je me réveille avec le bonheur d'aller travailler. Même jeune, il ne faut pas avoir peur d'entreprendre. J'ai changé la ration des jeunes animaux, avec des aliments produits sur l'exploitation, d'où un gain économique à la clé. » Sans cesse évoluer, la jeune éleveuse a bien cela en tête : elle le fait déjà et continuera sur cette lancée, notamment au moment de l'installation de son frère d'ici quelques années.

Faire attention à la place de chacun, pour être tous bien dans nos bottes !

« Fierté, convivialité, relation homme/animal : des valeurs fortes » 

Quant à Marine Schouteden, ses parents, qui ne sont pas éleveurs mais salariés agricoles, lui ont également transmis l'amour de l'agriculture. Celui des vaches laitières, et plus particulièrement l'intensité de la relation homme/animal, elle l'a découvert lors de son apprentissage et de ses stages. « C'est ce qui me motive à me lever le matin », insiste la jeune femme de 21 ans, en 2e année de BTS productions animales au LEGTA La Roque à Rodez (Aveyron), aussi férue de concours que de la race Brune des Alpes.

« Quelle fierté de travailler la génétique, préparer les animaux, et les présenter ainsi que notre métier au grand public !, s'exclame-t-elle. C'est à la fois stressant, avec la compétition, mais tellement convivial ! ». Des valeurs qu'elle retrouve dans le métier d'éleveur. Mais avant de s'installer, elle préfère faire ses gammes dans plusieurs élevages, notamment au Canada. 

« Y croire, s'accrocher et se donner les moyens d'y arriver ! »

Car s'installer en élevage laitier en hors cadre familial, « c'est possible », renchérit Lisa Mary, en 2e année de BTS PA également, avant de rejoindre son père sur son exploitation dans le Cantal (100 ha, 35 vaches pour la production de ce fromage AOP, un atelier allaitant). « Il y a de la place avec les nombreux départs en retraite sans repreneur en perspective. Il suffit d'y croire, de s'accrocher et de se donner les moyens d'y arriver ! »

Être libre de faire ce qu'on aime !

L'essentiel : « être libre de faire ce qu'on aime », estime celle qui, dans son couffin en salle de traite (« pas besoin de nounou », lance-t-elle) puis plus tard dans les vaches dès l'école finie, ne s'est « jamais vue faire autre chose ». Son moment magique : les vêlages, le point de départ du cycle de production. Apolline, elle, préfère la mise à l'herbe, car « les animaux sont si heureux ! » Afin de partager sa passion, et de communiquer sur son métier, son élevage est devenu partenaire du lycée agricole d'à côté. Toutes les semaines, la jeune éleveuse accueille des lycéens, espérant leur transmettre le virus !

Et dans les autres métiers de la filière ?

« L'emploi est aussi un enjeu à l'aval de la production, comme dans les autres secteurs agricoles et domaines d'activité d'ailleurs », fait remarquer Benoît Rouyer, directeur du service économie et territoire au Cniel. C'est pourquoi les entreprises mettent en place des espaces recrutement sur leur site internet, organisent des journées job dating, voire créent des centres de formation d'apprentis pour les plus grandes. « 15 % des annonces ne sont pas pourvues avec des postes vacants pendant un an en moyenne, enchaîne Thierry Roquefeuil, président du Cniel. Or, 80 % de ces emplois se trouvent dans les communes de moins de 15 000 habitants, l'enjeu devient alors aussi territorial. » L'une des solutions, selon François Purseigle, sociologue des mondes agricoles, est de « réinvestir dans la formation ».

Quant au Cniel, il multiplie les partenariats pour promouvoir tous les métiers du lait, avec notamment l'enseignement agricole, via par exemple le challenge France terre de lait avec les lycées (mise en exergue d'une action d'un élevage par un groupe d'étudiants), le ministère de l'éducation nationale, avec lequel il y a eu la création du CAP crémier-Fromager en 2018, l'Onisep, Pôle Emploi, les collectivités locales. En parlant de ce CAP, Victor est en train de le préparer en alternance avec Grand Frais, après un changement à 180° : il préparait une licence en commerce international en Irlande ! En travaillant dans des pubs, il a eu une révélation pour le fromage et projette d'ouvrir un bar de dégustation. Son leitmotiv : progresser en permanence grâce aux retours des clients.

Marie-Alix, elle aussi, a réalisé une reconversion radicale, de conseillère en politique urbaine après Sciences Po à crémière-fromagère dans un village, avec son compagnon et trois salariés. Et elle ne regrette pas son choix : « Je donne plus de sens à ma carrière professionnelle en mettant en valeur les territoires et le travail des agriculteurs, et des valeurs de partage, plaisir, savoir-faire. » Elle traite le plus possible en direct avec les producteurs pour bien connaître leurs produits, et pouvoir en parler aux clients, et les rémunérer le mieux possible. Et préfère développer sa capacité d'affinage que de multiplier les points de vente. « C'est dans l'ADN de l'interprofession depuis sa création dans les années 70 de mettre en avant ces professions innovantes aux valeurs partagées », souligne la directrice générale du Cniel Caroline Le Poultier. Citons également la campagne de communication "Ensemble construisons une France terre de lait" et des actions ciblées vers les jeunes, sur les réseaux sociaux (Youtube, Twitter, Tik Tok), qui reprennent leurs codes avec des slogans tels que « Tki pour être salarié en élevage laitier » ou « C'est stylé d'être fromager ».