Depuis l'été 2020, plusieurs producteurs de colza de la Vienne participent à une expérimentation grandeur nature, en lien avec la coopérative Océalia, la firme BASF France Division, le syndicat Eaux de Vienne et le laboratoire d'entomologie Flor'Insectes. Objectif : « concilier, sur le terrain, compétitivité de l'agriculture et respect de la qualité des ressources en eau et de la biodiversité », notamment dans les bassins versants.

Point presse colza dans la Vienne, le 1er avril 2021.« Les colzas associés représentent en France 12 % des surfaces. Pour la coopérative Ocealia, ce chiffre avoisine déjà les 30 % sur son périmètre d’activité. » (©BASF)«  S'il présente de multiples bénéfices agronomiques et environnementaux [...], le colza a aussi quelques contraintes de production liées notamment à la protection contre les ravageurs, comme les altises », ont rappelé BASF, Eaux de Vienne, Flor'Insectes et Océalia lors d'un point presse organisé le 1er avril 2021 à Champniers (Vienne). 

Une démarche collaborative 

Afin de pérenniser la culture de colza dans les bassins versants, les quatre partenaires ont lancé, depuis l'été 2020, différents essais d'itinéraires techniques innovants en lien avec plusieurs producteurs de colza, dont Théo Touron, installé à La Chapelle-Bâton (Vienne). Plusieurs mini-parcelles de colza ont notamment été semées en association avec des légumineuses comme la féverole, le fenugrec, le trèfle d'Alexandrie ou encore les lentilles. Et les premiers suivis semblent mettre en évidence l'intérêt de cette pratique, selon les différents partenaires engagés dans cette démarche collaborative. 

« Plantes au développement racinaire important, les légumineuses contribuent notamment à améliorer la structure du sol. Par ailleurs, ces itinéraires nécessitent de raisonner les doses de désherbants racinaires appliquées dans les jours suivant le semis ou en post-levée précoce du colza (stade cotylédons à 1-2 feuilles du colza) ». Il s'agit de « trouver le bon compromis entre un désherbage efficace permettant un contrôle précoce des adventices préjudiciables au colza et la sélectivité des couverts de légumineuses », précisent BASF, Eaux de Vienne et Flor'Insectes dans un communiqué. « C’est en moyenne une réduction de 15 à 25 % de la dose classiquement utilisée dans des conduites classiques qui est relevée dans ces itinéraires agroécologiques ». Un enjeu particulièrement scruté par le syndicat Eaux de Vienne, dont « les techniciens veillent à la qualité de l’eau dans les bassins d’alimentation de captage ».

Limiter l'application d'insecticides 

Autre atout des plantes compagnes, associées à un colza, mis en avant : elles peuvent également agir comme leurre face aux ravageurs et « limiter, par exemple, les attaques de grosses altises, considérées aujourd’hui par les producteurs comme l’ennemi n°1 du colza. Selon une hypothèse émise par les experts en entomologie, c’est la confusion probablement olfactive ou visuelle des ravageurs entre la culture de colza et les plantes compagnes qui lui sont associées qui permet d’éviter ainsi, dans certaines situations, l’application d’insecticides tout en préservant le potentiel de la culture ».

« En outre, la biomasse générée par ces associations agronomiques enrichit le sol en matières organiques et permet d’optimiser les apports d’engrais azotés en fin d’hiver et de contribuer aux objectifs du défi climatique en réduisant les gaz à effet de serre et l’empreinte carbone. »

« La culture du colza compatible sur des territoires fragiles utilisés pour la production d’eau potable »

La démarche collaborative menée s'intéresse aussi aux « bénéfices écosystémiques offerts par la biodiversité ». Une bande fleurie a ainsi été semée en bordure de parcelle pour « servir de refuge aux insectes auxiliaires "utiles" tout en contribuant à l’alimentation des pollinisateurs, dont les abeilles, qui ont un rôle important dans la qualité de la production et les rendements ». « La floraison de la bande non productive ce printemps et son suivi entomologique devraient confirmer la présence d’auxiliaires et de pollinisateurs. La bonne évolution des parcelles d’essais combinant et optimisant les facteurs de production pourrait alors se traduire à la récolte par une qualité et un rendement important, estiment les partenaires. Cette expérimentation semble également confirmer la compatibilité de la production de colza sur des territoires fragiles utilisés pour la production d’eau potable ». Résultats à suivre donc prochainement...