Vingt bœufs et génisses ont passé tout l’hiver dehors, à la ferme expérimentale bio de Thorigné-d’Anjou (49). Résultat de ce test : pas de problème de portance ni de repousse de l’herbe, et les résultats zootechniques sont bons.

Bovins limousins au pâturageLes bovins ont eu une croissance d’environ 500 g/j, plutôt légèrement supérieure à celle d’un régime en bâtiment. (©Julien Fortin, ferme expé de Thorigné d'Anjou)

Et si le pâturage d’hiver permettait aux élevages allaitants d’être un peu plus résilients ? Les résultats du test effectué cet hiver par la ferme expérimentale bio de Thorigné-d’Anjou, près d’Angers dans le Maine-et-Loire, le laissent penser.

Une vingtaine de génisses gestantes et bœufs limousins sont restés dehors durant toute la période hivernale, c’est-à-dire entre le 15 décembre et le 15 février (et même au-delà pour les bœufs). Il s’agissait d’observer à la fois la tenue des parcelles d’herbe et la résultats zootechniques des animaux. Ils pâturaient sur une douzaine d’hectares, le chargement était très faible, 0,6 UGB/ha. Il ne s’agissait pas d’une expérimentation au sens strict, compte tenu du faible effectif et de l’absence de lot témoin. Mais ce test, ou « observation » donne tout de même quelques indications.

Une bonne tenue des prairies

Premier motif de satisfaction, les sols ont bien tenu, pas de problème de portance malgré les importantes précipitations. En décembre, il est tombé par exemple 103 millimètres contre 75 en moyenne. « Quelques parcelles ont toutefois marqué un peu », glisse Bertrand Daveau, ingénieur de recherche à la ferme expérimentale, mais rien d’affolant. « Il est préférable de pratiquer le pâturage hivernal plutôt sur des prairies déjà installées, qui ont au minimum deux ou trois ans ».

Ce pâturage aura permis d’économiser environ 500 kg de fourrage par animal, ce qui n’est pas négligeable. À moins que « ce que l’on a pris en hiver, on le perde au printemps ». Il est en effet difficile de savoir si l’herbe pâturée cet hiver a impacté la repousse de printemps. Il semble que les légumineuses aient plutôt profité de ce pâturage : « D’habitude, les graminées continuent de pousser en phase hivernale tandis que les légumineuses se calment et repoussent quand il faut moins froid, explicite Bertrand Daveau. Là, comme on est passé en hiver, on a redonné de la lumière aux légumineuses qui ont pu repartir plus vite ».

Des résultats zootechniques encourageants

Les animaux, quant à eux, ne semblent pas avoir souffert de ce traitement. Pour ces bœufs de 18 à 22 mois, on recherche une croissance modérée pour un abattage à 31-32 mois à 500 kg.

« L’herbe d’hiver est d’une valeur nutritive qui sera toujours supérieure à n’importe quel fourrage stocké », rappelle Bertrand Daveau. Du foin leur était aussi distribué, et les bovins ne se sont pas jetés dessus. La qualité de l’herbe était peut-être plus riche en eau, moins appétente que l’herbe de printemps, mais « c’est de l’herbe très riche en azote, car elle a mis du temps à pousser et n’a pas subi de coup de chaud ». Les bœufs ont eu une croissance de 500 grammes par jour et les génisses de 639 grammes, « de très bons résultats ». Habituellement, les bœufs l’hiver sont nourris d’ensilage de mélanges céréaliers.

La démarche sera probablement reconduite les prochains hivers. Le pâturage d’hiver permet de compenser la diminution du pâturage d’été en raison des coups de chaleur et sécheresses à répétition. La ferme expérimentale de la Maison blanche, dans la Manche prévoit de son côté une expérimentation sur l’allongement des durées de pâturage, qui permettra notamment d’observer l’impact éventuel sur l’état des prairies.

Cet hiver nous avons fait le choix de laisser une vingtaine d'animaux au pâturage: génisses pleines et bœufs en...

Publiée par Ferme expérimentale de Thorigné d'Anjou sur Vendredi 8 janvier 2021