Auditionnés par la mission d’information sur la méthanisation du Sénat, les différents syndicats agricoles ont donné leur point de vue, et leurs réserves, sur le développement de la méthanisation en milieu agricole. Si des analyses de cycles de vie plus poussées pourraient être nécessaires, il faut également faire attention à la valeur, qui doit rester aux agriculteurs.

La mission d'information sénatoriale sur la méthanisation s'est penchée le 30 mars sur les problématiques de la méthanisation dans le secteur agricole.La mission d'information sénatoriale sur la méthanisation s'est penchée le 30 mars sur les problématiques de la méthanisation dans le secteur agricole. (©Terre-net Média)

Entre l’impact du changement climatique sur l’agriculture et la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), « il est logique que la profession agricole s’intéresse à la transition énergétique », d’autant plus que le potentiel de production se trouve dans les territoires, a rappelé Olivier Dauger, responsable du dosser énergie à la FNSEA, lors d’une table-ronde organisée le 30 mars par la mission d’information du Sénat sur la méthanisation.

Pas de cycle vertueux ?

Si la méthanisation se développe en milieu agricole, le débat sur les vertus de cette production d’énergie est vif entre les différents syndicats agricoles. Ainsi, pour Georges Baroni, de la Confédération paysanne, il n’y a pas de bilan carbone positif. « On parle de sortir des énergies fossiles, mais l’objectif n’est-il pas de lutter contre le changement climatique ?  Et quand on sait qu’il est question de faucher les prairies pour mettre l’herbe dans un méthaniseur… On balance trois ans d’accumulation de carbone dans l’atmosphère d’un seul coup ! », critique-t-il. Sans compter, ajoute-t-il, que le digestat n’est pas une solution qui permettra de conserver la biodiversité et l’état des sols.

Le syndicat a d’ailleurs demandé en janvier un moratoire sur la méthanisation, pour étudier de plus près un certain nombre de questions : renchérissement du foncier, investissements importants sur les fermes, gestion des digestats, risques accidentels sanitaires et environnementaux… La Conf’ juge également trop élevé le plafond de 15 % de cultures principales qu’il est possible de méthaniser.

Pour Alain Sambourg, de la Coordination rurale, il faut en effet prendre le temps de faire un bilan de la méthanisation. « Arrêtons, voyons ce qui se fait dans l’injection, voyons les revenus que les agriculteurs en tirent pour avoir ensuite une politique pour les agriculteurs de demain », estime-t-il. Certains points sont à clarifier, comme sur l’irrigation par exemple : certaines cultures utilisées pour la méthanisation dépendent en effet de l’irrigation. « Si on remet l’irrigation en question, sur les méthaniseurs existants qui l’utilisent, ce serait la catastrophe », prévient-il.

Un système à améliorer

Pour Olivier Dauger, il ne faut pas opposer les systèmes. « La méthanisation peut être un atout pour le système de simplification du sol, elle doit être abordée de façon globale. Quand les gens qui ont des méthaniseurs ont une vision globale de leur exploitation, de leurs assolements, c’est un plus », explique-t-il. Cette question de la vision globale est également importante pour Christophe Chatet, responsable du dossier chez Jeunes agriculteurs : « le méthaniseur doit s’inscrire dans un projet agronomique de l’exploitation. Cela dit, lancer ça dès l’installation d’un jeune peut être très compliqué, il faut un certain recul sur son exploitation pour lancer de tels projets », tempère-t-il.

Quant au risque de compétition avec les cultures alimentaires et au seuil de 15 % de cultures principales, Olivier Dauger indique que la question de baisser ce taux peut être remise sur la table. « Quand on avait décidé les 15 %, c’est parce qu’il n’était pas question de faire comme les allemands, et parce qu’on ne connaissait pas à l’époque le potentiel réel des Cives. Aujourd’hui, on est entre 6 et 7 % d’utilisation de ces 15 % en France, ce qui montre que les méthaniseurs ne cherchent pas à atteindre ce taux », explique-t-il.

Certes, le système n’est pas parfait, ajoute-t-il, la filière est récente, « ce gaz est en appoint et il y a des améliorations techniques à avoir pour véritablement être un plus par rapport à l’énergie fossile ». Mais « on aura besoin d’énergie », explique-t-il. Et pour l’agriculture, la méthanisation « permet aux agriculteurs de n’être pas uniquement un fournisseur de matière première, à condition qu’il y ait la maitrise capitalistique et qu’il y ait un retour de valeur », un autre point de vigilance particulièrement important.