Cédric Pierre, éleveur de Limousines en Corrèze, a introduit du méteil immature dans ses rotations afin de gagner en autonomie fourragère. Chiffres à l’appui, les conseillers de la chambre d’agriculture ont démontré le bien-fondé économique de ce choix.

Cédric PierreCédric Pierre a fait pâturer ses vaches, puis il a passé un coup de déchaumeur avant d’utiliser l’épandeur à engrais pour semer son méteil. L’herbe pâturée laisse la place à la lumière permettant la germination du méteil. (©Terre-net Média)

« Avec 176 unités gros bovins (UGB) pour 120 ha, mon système est intensif ! », s’est exclamé, sans détour, Cédric Pierre installé à Beaumont, en Corrèze, à 500 m d’altitude.

Ce dernier possède 80 vaches limousines avec un taux de renouvellement conséquent puisque toutes les génisses sont conservées. À cela s’ajoute une trentaine de vaches à l’engraissement nécessitant au final un besoin de 880 tonnes de matière sèche par an pour nourrir l’ensemble de ses animaux (1,5 UGB/ha). Or en été, le fourrage manque, surtout avec les récentes sécheresses. Et la période hivernale, en bâtiment, dure plus de quatre mois.

Cédric Pierre s’est donc intéressé au semis direct afin de mieux maîtriser ses charges et son temps à l’hectare. Il a aussi introduit dans sa rotation, il y a quatre ans, des méteils immatures dans le but de gagner en autonomie fourragère ainsi que des couverts d’été à pâturer. « Je faisais déjà du pâturage tournant, explique l’éleveur. Mais j’en avais assez de rentrer du foin le 1er juillet pour le ressortir au 15 juillet ! »

Pour 2020, il a installé 10 ha de méteil grain et 30 ha de méteil immature dont 15 ha de prairies sous couvert, 5 ha suivis de maïs, 6 ha suivis de couverts à pâturer, 1,5 ha de luzerne avec sur-semis de méteil. Il prévoit une rotation de huit à neuf ans avec du méteil grain/couverts/méteil immature/couvert ou maïs/méteil immature/couverts ou maïs/prairie sous couvert de méteil immature. En moyenne, il produit en première coupe de 7 à 7,5 tonnes de matière sèche par hectare avec ce système, en n’hésitant pas à rajouter de l’azote sur les cultures (120 unités/ha).

Deux autres itinéraires évalués

« Faire du stock, ce n’est pas gratuit ! », souligne Maxime Lepeytre, conseiller agronomie à la Chambre d’agriculture de Corrèze. L’objectif est d’avoir une forte production tôt dans l’année, en ayant une importante fertilisation sur les méteils, les plantes vont être plus réactives pour produire leur biomasse au printemps. De plus, en augmentant le rendement par hectare, on dilue les charges ».

Avec cet assolement, le coût de la production de fourrage monte à 233,75 €/ UGB et le temps de travail à 2 heures 15/UGB. « Plus de 90 % de mes stocks sont faits au 1er juillet », constate Cédric Pierre. S’il a fait pâturer ses couverts, ce n’est pourtant pas l’objectif de leurs implantations, qui était avant tout de rendre de la matière organique au sol.

MétéilCédric Pierre fabrique lui-même son méteil à base de seigle, avoine, pois, vesce et triticale. (©Terre-net Média)

Maxime Lepeytre et Cédric Pierre ont alors réfléchi à deux autres rotations possibles, basées sur le maïs. La première repose sur une rotation maïs/méteil/prairie sur sept ans. « Il y a moins de mécanisation avec le semis direct donc une baisse des coûts de mécanisation. Pour autant, il manque 85 tonnes de matière sèche, soit environ 100 tonnes de foin, ce qui représente de sortir pas moins de 12 000 €. Il est possible aussi de diminuer le cheptel de 17 UGB, soit neuf vaches et leur suite, analyse Maxime Lepeytre. Acheter du fourrage en plus ou vendre des animaux, tout dépend du système et de la valorisation ! ». Chez Cédric, finir les animaux en produisant plus de fourrage est pertinent du fait d’une valorisation rémunératrice des produits finis.

Rester vigilant sur la qualité du fourrage

Maxime Lepeytre attire cependant l’attention sur la qualité du fourrage. La quantité de PDIN produite, dans ce deuxième système, chute de plus de 39 %. Côté UFL, la baisse est de 17 %, nécessitant alors d’acheter du soja et de l’orge pour compléter la ration des bovins. Certes le temps de travail par UGB est réduit de 13 % mais le coût de production augmente de 33 % (entre l’achat de foin et de concentré), avec un maïs qui reste très sensible au manque d’eau à certaines périodes de son développement ; période où justement ces dernières années, l’eau a manqué dans la zone.

La deuxième solution repose sur une rotation prairie/maïs/ray-grass et trèfle/maïs/méteil grain sur huit ans. La qualité du fourrage s’améliore en PDIN mais un complément de protéines dans la ration est toujours nécessaire, avec le coût que cela entraîne. Sur le plan des UFL, une hausse de 4 % est observée par rapport à l’itinéraire de Cédric Pierre, mais une hausse du coût de 12 % par UGB est également observée (261, 87 €/UGB) avec cet itinéraire. Le maïs riche en UFL et plus pauvre en PDIN oblige à complémenter avec de l’achat de protéines. En temps de travail, Cédric ne gagne que huit minutes par UGB.

Au final, l’itinéraire mis en place par Cédric reste le plus avantageux par rapport à son chargement et à la valorisation de ses produits. « Un système basé uniquement sur le maïs alors que les étés sont plus aléatoires interroge ! Cela devient presque artificiel de maintenir une production de maïs dans des zones où les sols sont légers et peu profond s’il n’y a pas d’irrigation au vu du coût de l’itinéraire cultural», conclut Maxime Lepeytre.