L'association les Agron'hommes lance, pour cette rentrée 2020, l'École d’agro-écologie voyageuse, « un programme d'accompagnement d'un an destiné aux jeunes » - étudiants, futurs agriculteurs... - souhaitant s'initier à de nouvelles pratiques, tout « en aidant les fermes dans leurs projets de transition ». L'objectif est aussi de « créer des liens inter-générationnels entre les producteurs installés et les aspirant-paysans », explique Opaline Lysiak, à l'initiative de ce projet avec Sarah Pétreault.

« Apprendre l'agro-écologie par l'expérience dans les fermes, en mettant les mains dans la terre, tout en aidant les producteurs dans leur projet de transition » : telle est la philosophie de la formation, ou plutôt de « l'accompagnement » comme le présente Opaline Lysiak dans cette vidéo diffusée sur Youtube, proposé depuis septembre aux jeunes, étudiants, futurs agriculteurs ou conseillers agricoles, etc.

Au-delà de « former à l'agro-écologie la nouvelle génération de paysans et d'ambassadeurs » de ces pratiques, il s'agit aussi de « faire circuler les connaissances entre les exploitations », souligne la jeune femme. « Et de nouer des liens entre les producteurs, mais également inter-générationnels avec les aspirant-paysans ». « Une connexion nécessaire pour compléter ce type formation », estime celle qui a fondé, avec Sarah Pétrault, cette École d’agro-écologie voyageuse.

Apprendre l'agro-écologie, les mains dans la terre.

Trois mois "enracinés" et huit en "voyage"

Le programme débute en Bretagne, dans l'exploitation de l'école près de Rennes. Pendant deux mois, les participants « construisent ensemble leurs parcours au sein de fermes en France et dans le monde, qui doit durer huit mois, en fonction de leurs envies, de leurs compétences et des besoins du terrain ». À l'issue de celui-ci, ils reviennent y « partager leur expérience » pendant quatre semaines. Soit au total : « trois mois enracinés et huit en tant que voyageurs ».

Les étudiants construisent ensemble leurs parcours de formation, puis partagent leur expérience.

ecole d agroecologie voyageuseLes objectifs de l'École de l'agro-écologie voyageuse : acquérir et faire circuler des connaissances, en créant du lien entre des agriculteurs pionniers, des producteurs en transition et des jeunes curieux d'en savoir plus sur ces pratiques. (©Agron'hommes)

Développer une communauté sur les réseaux sociaux

La période "d'enracinement" se compose d'interventions sur l'agro-écologie (35 %), d'exercices pratiques (25 %), d'un accompagnement individuel et collectif (25 %) et de temps réservés au développement personnel (25 %). L'encadrement est assuré par des enseignants, des formateurs, des experts (tels que Frédéric Thomas et Steven Werner) et des agriculteurs. Durant la période de "voyage", un suivi à distance est bien sûr organisé et parallèlement, les étudiants doivent rendre compte de leurs découvertes et de leurs apprentissages dans des articles et des vidéos, sur les réseaux sociaux notamment. Ils contribuent ainsi à développer une communauté autour de l'agro-écologie.

Cette École d’agro-écologie voyageuse se veut un véritable écosystème avec :- des racines solides,- un feuillage d'accompagnants pour capter "l'énergie" débordante des élèves,- des oiseaux (les intervenants) qui l'enrichissent,- des fruits (les étudiants) qui cultiveront par la suite l'agro-écologie.

« Se former auprès d'agriculteurs pionniers »...

L'an dernier, Pablo, qui suit des études d'agronomie, a décidé de faire une année de césure pour tester le dispositif. Désireux « d'aller voir sur le terrain comment certains exploitants agissent pour la transition écologique », il espérait « trouver et diffuser des solutions pour l'accélérer ». Autrement dit, la formule vise à « transformer des aspirations et compétences en actions concrètes ». Grâce à ses nombreuses rencontres et observations, « au sein de systèmes innovants très divers, parfois complexes, mais qui ont tous cette valeur commune de vouloir se rapprocher du vivant », il « se sent plus à même d'appréhender toutes les questions liées à l'agro-écologie et d'accompagner les producteurs qui souhaitent se lancer ». Voire pourquoi pas, lui aussi, « devenir un jour paysan ».

Aller voir sur le terrain comment les agriculteurs pratiquent l'agro-écologie.

... « Et en aider d'autres à améliorer leurs pratiques »

La première promotion regroupe une quinzaine de jeunes parmi lesquels Théo, 22 ans, étudiant à Bordeaux Sciences Agro qui, avec ses amis Quentin et Marion, cherche à approfondir ses connaissances en agro-foresterie. Ou encore Paul, 24 ans, en dernière année à l'école d'ingénieurs agronomes de Toulouse, qui projette de s'installer en agriculture de conservation des sols. Juliette, elle, veut créer une ferme collective engagée dans l'insertion professionnelle, Madeleine, en savoir plus dans le domaine de l'agro-foresterie et des sols vivants, Camille « se former auprès d'agriculteurs pionniers et aider d'autres exploitants à faire évoluer leurs pratiques ».

Des systèmes très divers avec une valeur commune : se rapprocher du vivant.

Un financement participatif

Pour voir le jour, le projet s'est appuyé sur une campagne de financement participatif sur la plateforme www.kisskissbankbank.com. Sous le nom "Une campagne pour régénérer notre campagne", elle a déjà collecté 33 000 €, soit 13 000 € de plus que l'objectif fixé pour le premier palier (trois sont prévus pour financer 18 à 55 % de l'investissement total de 110 000 €). En contrepartie, les donateurs pourront bénéficier d'apports de connaissances sur l'agro-écologie, via par exemple des conférences, des ouvrages, des articles, des formations, des journées d'initiation, des visites de fermes. Des parcelles agro-forestières pourront même être baptisées à leur nom. D'autres recevront des cartes postales d'étudiants en cours de "voyage agro-écologique".

Objectif : une expérience agro-écologique pour 5 000 jeunes d'ici 2030.

L'ambition de cette École d’agro-écologie voyageuse, ayant entre autres pour partenaire le mouvement Pour une agriculture du vivant, les réseaux Fermes d'avenir, agro-écologie et  permaculture, Base (agriculture de conservation), Soil Capital (communautés d'agronomes indépendants), l'institut Saint-Éloi : « Vivre et créer l'expérience de l'agro-écologie en ouvrant des écoles dans d'autres régions et en formant 5 000 paysans ambassadeurs d'ici 2030 ».