Pour maintenir les limaces sous leur seuil de nuisibilité, des leviers agronomiques existent, y compris en travail simplifié du sol. Parfois insuffisants, ils doivent alors être complétés par des traitements, si possible par une solution de biocontrôle respectueuse des auxiliaires.

Chez Gilles Gauvin, le semis de blé dans des repousses de colza permet de détourner les limaces de la céréale, à condition que les repousses soient suffisantes.Chez Gilles Gauvin, le semis de blé dans des repousses de colza permet de détourner les limaces de la céréale, à condition que les repousses soient suffisantes. (©Gilles Gauvin)

Les pratiques d’agri­culture de conservation mêlant dépôt de résidus en surface, couverts végé­taux et peu ou pas de travail du sol semblent à première vue béné­fiques aux limaces, avec des pics de population les premières années de transition. Mais ces usages favo­risent aussi le développement d’au­xiliaires permettant leur "contrôle" à terme.

Spécialisé dans l’agri­culture de conservation des sols (ACS) et fondateur de la revue TCS, Frédéric Thomas renouvelle en 2020, en partenariat avec De Sangosse, l’enquête sur la gestion du risque limaces chez les agri­culteurs en ACS, déjà réalisée en 2016. Selon lui, « limiter l’ampli­tude des attaques et l’ampleur des dégâts » est possible, mais les limaces restent un danger à ne pas sous-­estimer.

Gilles Gauvin, agriculteur à Conquereuil, dans la Loire­-Atlantique, et responsable départemental du réseau Base, ne dit pas autre chose. « Il faut rester humble face à la problématique limaces, car il n’existe pas de recette miracle. » En 2019, à la suite d’un automne humide, le jeune agriculteur n’est pas passé loin du retournement d’une par­celle de blé. Celle­-ci a finalement été sauvée à raison d’un premier traitement au phos­phate ferrique (solution de biocontrôle), suivi d’une application en urgence de métaldéhyde. « Le semis direct est pratiqué ici depuis 1999, et aucun anti-limace n’avait été utilisé durant les quinze premières années, précise l'agriculteur. Nous semons le blé dans des repousses de colza ou dans un couvert multi-espèce implanté après féverole ou pois. Les limaces sont présentes mais sans dégâts sur la culture, nous cohabitons. Cependant, nous avons eu très peu de repousses de colza en 2019 : les limaces n’avaient donc rien à se mettre sous la dent. »

« Un léger travail du sol pour éviter le métaldéhyde »

Concernant le colza, réintroduit en 2014 sur la ferme, la protection contre les limaces est plus diffi­cile en raison de l’appétence de la culture. D’après Gilles Gauvin, l’utilisa­tion de plantes compagnes (sarrasin, féve­role, tournesol), concluante pour dévier les altises, ne fonctionne pas contre les mollusques.

« Après la récolte du blé ou de l’orge de printemps, nous agissons contre les limaces avec la herse à paille, indique l'agriculteur. Paradoxalement, c’est plus compliqué au cours des années sèches : nos limons argileux durcissent beaucoup, et la herse parvient seulement à répartir les résidus. Cette année, je vais revenir à un déchaumage plus agressif, sur 5 cm de pro­fondeur maximum. Ceci afin de créer de la terre fine et de perturber les limaces. Bien qu’adepte de l’ACS, je ne m’interdis pas un léger travail du sol pour éviter le métaldé­hyde. » Gilles Gauvin a prévu d’utiliser du phosphate ferrique dans la ligne de semis du colza avec l’objectif de préserver les carabes, auxiliaires consomma­teurs d’œufs de limaces.

CarabeLes populations de carabes, auxiliaires consommateurs d'œufs de limaces sont favorisées par les bandes enherbées. (©Arvalis-Institut du végétal et N. Corniec)

Des bandes enherbées pour soutenir les populations de carabes

Dans le cadre du plan Écophyto, les ins­tituts techniques (Arvalis, Terres Inovia, chambres d’agriculture) plaident aussi pour l’adoption prioritaire de leviers agronomiques contre les limaces. Pour pertur­ber le milieu de vie des limaces et détruire leurs œufs, ils recommandent un voire plusieurs déchaumages dès la récolte du colza ou de la céréale à paille, ainsi qu’un broyage et une répartition homogène des résidus sur toute la surface du sol. Dans le cas d’une interculture, les espèces peu appétentes (moutarde, phacélie...) sont conseillées. Le semis de la culture suivante doit s’opérer dans un sol finement préparé, et un roulage peut s’avérer efficace pour réduire les zones creuses servant d’abris à ce ravageur. Augmenter la densité de semis limite aussi les dégâts. Enfin, des bandes enherbées en bordure de champ, voire au milieu d’une grande parcelle, peuvent s’ajouter aux haies pour soutenir les populations de carabes.