Les bovins sont très sensibles aux températures chaudes. Voir le thermomètre grimper, c’est synonyme pour son troupeau de stress, de pertes de production, de croissance, d’effets à long terme sur la santé et la reproduction. À l’approche de l’été, il est primordial de préserver du stress thermique ses animaux y compris ceux qui sont en pâture.

Vache à l'abreuvoirPar fortes chaleurs, une vache peut boire jusqu’à 200 litres d’eau par jour ! L’eau doit être accessible sans que la vache n’ait trop à se déplacer. (©Terre-net Média)

Chaque été, nous le constatons : les épisodes caniculaires s’enchaînent, confirmant la hausse de 0,4°C de la température par décennie depuis 1980. Alors que les climatologues envisagent encore une hausse, comment adapter sa conduite d’élevage ?

La première étape est de sécuriser ses ressources fourragères pour avoir suffisamment de stocks pour affourager en été. Il faut aussi revoir son calendrier de pâturage et aménager ses chemins pour se caler sur une pousse de l’herbe qui semble durer plus longtemps, avec des automnes et des hivers doux, mais avec un creux estival bien marqué.

Il est primordial de gérer au mieux le bien-être de son troupeau quand les températures s’affolent. Car les bovins supportent mal la chaleur.

À partir de 22°C et 50 % d'humidité, les animaux sont en inconfort

Quand l’index THI, qui croise température et humidité, dépasse 68, soit 22°C et 50 % d’humidité, les animaux sont en inconfort : ils piétinent, halètent, mangent moins. En créant une situation de stress, la chaleur a des conséquences sur les besoins physiologiques et les conditions de bien-être à court terme mais aussi à long terme. L’augmentation de la fréquence respiratoire, la baisse du pH sanguin et celle du pouvoir tampon de la salive accroissent le risque d’acidose. Comme dans toute situation de stress, l’immunité est mise à mal. La chaleur agit aussi sur l’équilibre hormonal, avec une moindre expression des chaleurs et des problèmes d’ovulation.

On note également une augmentation du risque d’avortement en début de gestation si pendant plusieurs jours la température corporelle est supérieure à 39°C. Une vache gestante qui souffre de stress thermique aura un veau plus petit, un colostrum de moins bonne qualité. L’impact du stress thermique est encore plus lourd sur les animaux ayant des antécédents sanitaires, respiratoires notamment.

Ombre et ventilation

Pour le bien-être de son cheptel, pour éviter l’impact sur les performances et la santé, il faut essayer d’amoindrir le stress de ces périodes chaudes. Y compris pour les animaux qui sont en pâture, troupeau allaitant, génisses laitières, taries.

« Les animaux comme les prairies souffrent du stress thermique, prévient Emilie Turmeau, référence herbe à Elvup. Si on a suffisamment de places, que ses bâtiments sont bien ventilés, les animaux peuvent être aussi bien à l’intérieur. Ce qui permet aussi de préserver les prairies du risque de piétinement et de surpâturage, pour une reprise au retour de l’humidité ».

Installation ventilateurs pour le confort des vaches et des éleveurs.#CeuxQuiFontLeLait pic.twitter.com/IUicvyf8Nr

— Vincent Frédéric (@VincentFrdric1) June 8, 2020

En bâtiment, pour limiter l’impact de la chaleur, il faut assurer un maximum de ventilation en combinant effet traversant (filets relevables, bardage à claire voie) et effet cheminée (faitière). En complément, on peut installer des ventilateurs, horizontaux ou verticaux. Dans les zones les plus chaudes, des brumisateurs peuvent être utiles mais attention aux problèmes sanitaires à cause de l’humidité résiduelle qu’ils génèrent.

Si les bâtiments ne permettent pas de gérer dans de bonnes conditions un retour de tous les animaux, il faut se résoudre à sacrifier une parcelle, bien ombragée. Après cette période, un long temps de repos sera nécessaire pour laisser les racines et les réserves se refaire. « La parcelle idéale a des haies bien positionnées pour apporter de l’ombrage sans bloquer le vent, avec une capacité d’abreuvement suffisante », souligne Emilie Turmeau. On peut aussi rentrer les animaux en journée, pour qu’ils soient à l’ombre, et les sortir la nuit, quand le THI redescend pour une période de récupération.

Avec la chaleur annoncée ces prochains jours ????j'installe des abreuvoirs de plus grande capacité ??????de façon à assouvir la soif de ces dames ?????????? #paturevision pic.twitter.com/bdzboFL17O

— ??????Alexandre Gourdain???????? (@alexgourdain76) May 27, 2020(Re)créer des haies

Même si l’absence de production laitière leur permet de supporter des températures un peu plus hautes, les génisses en pâture souffrent aussi d’un stress thermique, qui impacte leur croissance.

Une étude de l’Institut de l’élevage et de la chambre d’agriculture de Loire Atlantique a montré tout l’intérêt de leur faire bénéficier d’un ombrage suffisant. Sur le site de la ferme expérimentale de Derval, des génisses laitières ont bénéficié d’un ombrage via des parasols, pour simuler des arbres à l’intérieur d’une parcelle. S’il n’y a pas eu de différence de croissance, l’ombrage a amoindri l’impact des fortes chaleurs. Quand le THI a dépassé 76, le lot sans parasol est resté plus debout et a moins pâturé, il y a eu plus de comportements agressifs. Pour le bien-être des animaux, une ombre, suffisante et à toute heure, est nécessaire. De quoi encourager à replanter des haies, bien raisonnées en termes de choix d’arbres et de positionnement, par exemple en ne coupant pas la circulation de l’air. De quoi réfléchir à l’agroforesterie, qui associe arbres et cultures ou d’animaux sur une même parcelle.