L’association Limousin Promotion a organisé une conférence de presse ce mercredi 12 février à Paris, pour présenter ses projets et son appétit pour le marché chinois. L'association prévoit d'expédier 1 000 tonnes de viande de bœuf et 1 000 tonnes de viande de porc limousines Label Rouge en 2020.

Jean-Pierre Bonnet, à gauche, et Jean-Marc Escure, à droiteJean-Pierre Bonnet, à gauche, et Jean-Marc Escure, respectivement président et directeur de Limousin Promotion, lors de la conférence de presse à Paris le 12 février 2020. (©Terre-net Média)Alors que l’Empire du Milieu est le second plus grand importateur mondial de viande bovine, en 2017, les 16 ans d’embargo sur les exportations de viande bovine française vers la Chine ont pris fin. Avec ses 1,42 milliard d’habitants en 2019 (chiffres UNFPA),« le potentiel du pays est énorme », estiment Jean-Pierre Bonnet et Jean-Marc Escure, respectivement président et directeur de Limousin Promotion. 

L’association Limousin Promotion, créée en en 1988, vise à « proposer sur le marché une gamme de viandes bovine et porcine de race Limousine identifiées de qualité supérieure et garanties par un Label Rouge ». Elle détient six cahiers des charges Label Rouge et deux cahiers des charges Indication Géographique Protégée.

 « Nous faisons la promotion de nos viandes sur nos points de vente toute l’année, mais aussi sur les salons. Nous essayons de développer nos volumes ». Développer l’exportation est un projet stratégique pour l’association. En septembre dernier, une opportunité particulièrement intéressante s’est présentée. ASI, une société  franco-chinoise qui exporte depuis 17-18 ans en Chine, cherchait des partenaires français pour proposer des produits hauts de gamme alimentaires sur le marché chinois, tels que le vin et l’alcool, mais aussi la viande.

« Nous avons mis en place un partenariat et les avons accompagnés au salon international des importations de Shangaï qui s’est tenu au mois de novembre, en faisant partie de la délégation française officielle. Nous étions une trentaine sur une foire qui représentait l’agroalimentaire français, pour présenter nos viandes aux acheteurs et aux consommateurs chinois. Xi Jinping, le président chinois, nous a fait l’honneur de déguster notre viande », a expliqué le président de Limousin Promotion. « Aujourd’hui, c’est 300 millions de chinois qui veulent s’identifier à leur Président et déguster nos produits ». De nombreux clients potentiels ont manifesté leur intérêt, et notamment « des bouchers sur Shangaï et des restaurateurs ». Le salon s’est conclu par la signature d’une « lettre d’intention », pour 40 containers de viande de bœuf Label Rouge, soit 1 000 tonnes, et autant pour du porc Label Rouge. Cette lettre a été signée avec la Free Trade Zone de Zhenzghou, située dans une province du centre-est de la Chine, le Henan. La Chine a créé de nombreuses Free Trade Zone à travers le pays, pour « permettre aux Chinois aux revenus intermédiaires, qui ne peuvent pas voyager, de découvrir différents produits du monde et leur faire bénéficier de produits détaxés ».

Créer de la rareté pour booster les prix

 « Pas de délai, pas de période. L’objectif est sur un an. L’idée, c’est d’arriver à construire un marché export avec une partie de notre volume valorisé sur des viandes haut de gamme. Nous ne voulons pas aller trop vite pour ne pas désorganiser notre marché national. Nous aurons besoin d’organiser la production. Nous voulons être présents fortement sur l’export pays tiers pour développer une rareté sur le marché et booster les prix payés aux producteurs français. Nous voulons valoriser le travail des éleveurs et les rémunérer à leur juste prix. Nous nous engageons auprès des éleveurs à obtenir un prix qui couvrira les coûts de production, soit en moyenne 5,20 €/kg et les frais liés aux contraintes du Label Rouge ».

Toutefois, l’association ne souhaite pas reproduire ce qui s’est passé avec la Turquie, avec des exportations qui avaient duré 3 à 4 mois, et ensuite plus rien. « Ça a eu un effet booster mais sur une très courte période ». L’association insiste sur sa volonté de créer un flux d’exportations durable. « Il vaut mieux commencer à 250 tonnes la première année, et pérenniser le partenariat ». La viande sera envoyée sous forme de carcasses sans os et de viande découpée.

« Alors qu'en France le plat-de-côtes vaut 10-12 €/kg et l'entrecôte entre 25 et 40 €/kg, en Chine, ça peut valoir de 70 à 120 €/kg. Le différentiel de prix entre le plat-de-côtes et l’entrecôte est également moindre. Il y a seulement un petit 20 % de différence alors qu’en France, ça peut aller du simple au double voire au triple. Ce qui représente un réel avantage pour une valorisation supérieure de l’ensemble des morceaux de la carcasse ». 

« Nous allons pouvoir jouer sur l’excellence de la traçabilité française, que peu de pays au niveau mondial peuvent offrir, pour proposer un produit tracé de la naissance à l’assiette, avec des normes de production très élevées. Le recours à la blockchain offrira des garanties supplémentaires. »

La première expédition devrait avoir lieu en février, au moment du Salon international de l’agriculture (Sia), mais tout dépendra de la situation chinoise avec le coronavirus. « Aujourd’hui, nous sommes prêts. Nous attendons le feu vert de la Chine pour commencer les expéditions ». Une délégation chinoise sera présente au Sia, avec le président de la Free Trade Zone de Zhengzhou. Ce sera l'occasion de sceller les relations et rendre officiel l’accord entre la Chine et Limousin Promotion.

Limousin Promotion en quelques chiffres

Elle rassemble tous les intervenants des filières bovines et porcines Limousines Label Rouge. Au 1er janvier 2020 pour le bœuf, c’était 5 087 éleveurs habilités, 23 organisations de producteurs, 47 abatteurs habilités, 40 ateliers de découpe et 68 grossistes, sans compter les 1 300 points de ventes contractualisés en France. Pour la filière porcine, c’était 66 éleveurs habilités, 3 organisations de production, 6 abatteurs habilités, 20 grossistes, 2 ateliers de saucisserie, 2 salaisonniers et 226 points de vente.