Certains d'entre vous, peut-être, se sont offerts un dîner-spectacle pour le soir du Nouvel An ou comme cadeau de Noël, dans la grande ville la plus proche ou à Paris pour les plus chanceux, au Moulin Rouge, aux Folies Bergères... Si ce n'est aux Folies Fermières, en plein milieu des champs de David Caumette, un directeur de cabaret un peu particulier puisqu'il élève aussi des vaches allaitantes...

les folies fermieres cabaret de david caumette eleveur allaitant dans le tarnDavid Caumette raconte son combat pour préserver son élevage et la création de son cabaret Les Folies Fermières dans un livre éponyme, sorti il y a un an. (© Éditions du Rocher)

Depuis un peu plus de 10 ans, David Caumette ne cesse de se diversifier et d'innover pour sauver son exploitation, « en phase terminale » quand il l'a reprise comme il le reconnaît lui-même dans un reportage sur France 2, l'un des nombreux qui lui ont été consacrés depuis qu'il s'est lancé dans un projet pour le moins original, qui peut même paraître un peu fou : créer un cabaret à la ferme. Cet ancien professeur de mécanique, devenu directeur d'exploitation dans un lycée agricole de la région toulousaine, ne pouvait « se résoudre à abandonner » ses vaches, comme l'envisageaient son père et sa mère. Il a « tout fait pour aller de l'avant et trouver des solutions ».

Il s'est d'abord tourné vers la vente directe de colis de viande, à la ferme, sur les marchés et à domicile, pour limiter le plus possible les intermédiaires. « Avec l'élevage, seul, je perdais de l'argent », confie l'homme de 38 ans. Il fait d'abord découper ses veaux label rouge, de race Blonde d'Aquitaine, Limousine et Aubrac, par un boucher puis ouvre une boucherie à la ferme.

Voir le reportage réalisé par nos confrères de M6 sur Youtube :

Cliquer sur le curseur pour lancer la vidéo.« Ne pas être la dernière génération de paysans »

Il décide ensuite de créer une ferme auberge, un « deuxième commerce de proximité » pour sa commune, Garrigues (Tarn), qui a perdu tous les autres comme elle s'est vidée de ses exploitations agricoles. Alors qu'ils étaient sept il y a 30 ans, David est aujourd'hui l'ultime éleveur. Or il ne veut pas être le dernier de sa famille, qui fait ce métier depuis cinq générations. Malheureusement, les revenus dégagés par les deux ateliers complémentaires à l'élevage ne suffisent pas. David ne baisse pas les bras pour autant : il doit juste trouver la « bonne idée » pour pérenniser la ferme. Celle-ci viendra en regardant un groupe de country : pourquoi pas organiser des repas à thème se dit-il avec sa femme Laëtitia, qui s'est installée à ses côtés en 2013 ?

Le « spectacle dans les assiettes » de la ferme auberge se prolongera désormais sur la scène des Folies fermières, comme l'éleveur le précise lui-même sur son site internet lesfoliesfermieres.com. Ce cabaret en plein milieu des champs ne pouvait pas s'appeler autrement en effet. Rideau rouge, "feux de la rampe", loges avec miroirs à spots... David a transformé le rez-de-chaussée de sa maison en vraie salle de divertissement. Il faut dire qu'après avoir démarré avec des artistes locaux, des chanteurs, danseurs, magiciens et sosies d'un peu partout en France s'y produisent. Un concours de miss s'y est même déroulé !

Demandez le programme sur le site lesfoliesfermieres.com :

site internet les folies fermieres david caumette

Vous y trouverez tous les spectacles à voir dans les mois à venir dans ce cabaret, recommandé par le Petit Futé, TripAdvisor et Viadeo, ainsi que les formules et menus proposés en semaine et le week-end  (plumes, plaisir, folies et enfant). Il est bien sûr possible de réserver en ligne, mais aussi d'acheter des bons cadeaux (alors si vous n'habitez pas loin et n'avez pas encore d'idée pour la Saint-Valentin...) et d'organiser des anniversaires. David Caumette donne également de nombreux détails sur son élevage et sur ces diverses activités de diversification. 

À guichet fermé ou presque

Situé à 30 km de kilomètres de Toulouse, ce cabaret d'une centaine de places, ouvert en semaine et le week-end, joue quasiment à guichet fermé. Son côté insolite attire. À moins que ce ne soit son directeur atypique, qui troque sa cote d'éleveur bovin pour son plus beau costume avant chaque représentation, afin d'accueillir lui-même les spectateurs, pour lesquels il est aux petits soins comme il veille à l'être également pour les vedettes.

Pour lui prêter main forte, d'autres agriculteurs des environs, fournisseurs de canard, légumes, huile d'olive, etc. pour le restaurant (50 % des mets à la carte sont élaborés avec les produits de l'exploitation de David), se sont improvisés barmans, serveurs et même régisseur son et lumière. Autre originalité : avant le déjeuner ou dîner-spectacle, les clients visitent l'élevage à bord d'un petit train tiré par un tracteur et repartent avec une photo souvenir. Une vidéo, retraçant l'historique du projet et présentant les producteurs qui y participent, leur est ensuite projetée.

Échanger avec le grand public

Ainsi, David Caumette n'a pas oublié l'un des objectifs essentiels, autre que financier, de la diversification en agriculture : aller à la rencontre et échanger avec le grand public pour expliquer les pratiques agricoles afin qu'elles soient mieux comprises et acceptées. Ce premier cabaret à la ferme (David est le seul exploitant agricole de France titulaire d'une licence d'entrepreneur du spectacle), ou "ferme auberge avec soirée à thèmes" selon la dénomination officielle, contribue en outre au maintien du tissu économique et social rural : il emploie une dizaine de personnes (deux bouchers, un vendeur, des intermittents du spectacle, des extras pour la restauration) et a même permis l'installation de quatre jeunes éleveurs. 

Si, en devenant agriculteur, David ne s'imaginait pas côtoyer des artistes aussi divers, il rêve désormais de recevoir un jour une revue parisienne. Après plusieurs articles dans la presse écrite, interviews et reportages à la radio et la télé, il a sorti un livre, Les folies fermières, aux Éditions du Rocher en février 2019 (avec une présentation au Salon de l'agriculture). Aidé de la journaliste Anne Leblé, il y raconte son combat pour garder l'élevage et la terre que ses aïeux lui ont transmis et auxquels il est si attaché, et plus largement pour préserver la vie dans les campagnes françaises.

Une obstination, plutôt impressionnante et même touchante, qui a fini par payer... Pour consolider financièrement la structure, l'éleveur doit cependant augmenter la capacité d'accueil de sa salle. Un développement pour l'instant freiné par la réglementation régissant les activités de diversification agricoles. Comme quoi, même si l'étymologie des mots se rejoint, mêler culture et agriculture n'est pas si simple.