Compte-tenu de la sécheresse estivale, Cyprien Thierry, installé près de Pithiviers dans le Loiret, fait le choix d’arrêter la culture du colza au début de la campagne 2019/2020. Il cherche alors une nouvelle tête de rotation pour le remplacer et pour compléter son assolement diversifié, un moyen de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Parmi les critères de choix : une culture « peu gourmande en eau et en phytos ».

Féverole La principale motivation des agriculteurs pour semer de la féverole est agronomique, selon une enquête de Terres Inovia. (©Terre-net Média)

Outre la sécheresse, l’abandon de la culture du colza sur l’exploitation de Cyprien Thierry a notamment été motivé par une question d’organisation du travail. L’agriculteur réalise des prestations de moisson et de pressage pour des agriculteurs voisins, qui l’occupent généralement jusque mi-août. « C’est compliqué du coup de gérer en même temps la préparation des semis de colza », témoigne-t-il. « Et si les semis de colza sont retardés, niveau rentabilité ça ne va pas ! » C’est également une réflexion au niveau de l’IFT : « l’année passée, j’étais arrivé à sept insecticides sur colza », Cyprien Thierry entend réduire le recours aux intrants sur son exploitation. Après quelques recherches et échanges, il se tourne finalement vers la féverole d’hiver, pour un contrat avec le négociant Soufflet agriculture

Tester une culture sans prendre trop de risque

Selon la synthèse nationale sur les pratiques cultures de la féverole d'hiver et de printemps (enquête 2018) de Terres Inovia, la principale motivation des agriculteurs pour cultiver de la féverole est avant tout agronomique, quel que soit le bassin de production. « Près de 80 % des producteurs de féverole français affirment tenir compte de l’effet précédent féverole dans l’ajustement de la fertilisation azotée de la culture suivante, souvent un blé. En général, ils réduisent l’apport d’azote sur la culture suivante de 20 à 40 kg /ha, en modulant selon les reliquats azotés en sortie d’hiver ».

Avant de se lancer, Cyprien Thierry s'est renseigné aussi au niveau économique : il estime un poste de charges (intrants...) « entre 350 et 450 €/ha ». En réservant cette culture dans de bonnes terres, il espère « pouvoir dégager une marge autour de 400-600 €/ha, ajoutée à la prime protéagineux », en prenant un rendement de 40 q/ha et un prix de 230 €/t. Même si la marge est moins importante que pour le colza, l'agriculteur explique : c'est l'opportunité de « tester une nouvelle culture dans l'assolement sans prendre trop de risque ».

Cyprien Thierry avait réfléchi à d'autres alternatives comme le pois chiche par exemple. « La récolte se réalisant à ras-du-sol », il préfère « ne pas prendre de risque en cas d'année humide sur ses terres argileuses ». Les cultures porte-graines sont assez répandues dans son secteur, « mais la disparition de solutions phytosanitaires complique les choses, au niveau du désherbage notamment », précise l'agriculteur. De plus, « la féverole ne nécessite pas d'investissement particulier niveau machinisme ».

Cyprien ThierrySur son exploitation, Cyprien Thierry cultive aussi du millet, économe en intrant : « 60 unités d'azote, un désherbage et c'est tout ». Il privilégie cette culture autour des maisons, pour des « relations de bon voisinage ». (©Cyprien Thierry)

Quelques points d'attention

Pour réussir l'implantation des féveroles, quelques points de vigilance sont toutefois à prendre en compte, comme le « choix d'une parcelle saine à bonne réserve hydrique » et « l'intérêt de semer sur sol ressuyé », selon Terres Inovia. Attention aussi à éviter les surdensité de semis : en effet, cela « favorise la création d’un micro-climat humide à la base du couvert, favorable au développement de maladies. Cela va également favoriser une compétition entre les plantes pour la ressource en éléments du sol et en eau, augmentant la sensibilité de la culture aux carences et au stress hydrique », explique Bastien Remurier, ingénieur régional Aisne-Champagne Terres Inovia.

D'après l'enquête Terres Inovia, les ravageurs les plus cités en féverole d'hiver sont la bruche  pour 19 % des situations, puis les pucerons pour 13 % et la sitone pour 4 %. L'ordre diffère pour la féverole de printemps : sitone (41 % des situations), bruche (25 %) et pucerons (18 %). Lutter contre la bruche de la féverole peut représenter une « vraie difficulté » dans certains secteurs : « il faut intervenir pendant la floraison, avec des produits "mention abeilles". Il peut être difficile d'endiguer ce fléau en une seule intervention, comme il y a plusieurs vols de bruches », précise Bastien Remurier. « De nombreuses pistes sont à l'étude, comme les leurres olfactifs ou le flux génétique pour faire en sorte que les féveroles soient moins attirantes pour les bruches. Des associations de plante, avec la cameline, pourraient aussi potentiellement masquer l'attractivité de la féverole ».

Un semis retardé cette campagne en janvier

Dans le Loiret, les féveroles d’hiver doivent généralement être semées avant le 15 novembre, mais les pluies abondantes ont reporté le chantier cette campagne. Tout comme David Forge, agriculteur youtubeur en Indre-et-Loire, Cyprien Thierry a donc profité de la période de gelées vers la fin janvier. « Je n'ai pas voulu attendre vers le 15-20 février, par peur que le potentiel de rendement soit trop engagé ».

À la recherche de tête de rotation du coup Semis de #féverole d'hiver cette nuit, 1ere année pour cette culture sur l'exploitation. #newholland #kuhn pic.twitter.com/fJxZZEJm4d

— Cyprien Thierry (@CThierry90) January 24, 2020

« Je tente le coup », explique David Forge. Il craint un risque de perte de pieds, « si le germe, sensible, est détruit par des gelées. [...] Mais la variété Diva est plutôt robuste, on va croiser les doigts ». Autre risque soulevé par l'agriculteur : « les coups de chaud auxquels la culture sera plus exposée pendant la floraison, stade sensible où le stress peut être pénalisant pour la culture ». Rendez-vous donc à la moisson pour les deux agriculteurs afin de faire le bilan ! Si le test de la féverole réussit cette campagne, Cyprien Thierry envisage d'emblaver une dizaine d'hectares l'année prochaine. 

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