En crise depuis plusieurs années, le secteur de la viande bovine française peut pourtant bénéficier d’un certain nombre d’opportunités sur le marché. Encore faut-il être en capacité d’aller chercher de la valeur pour les producteurs. Pour la FNB, réunie en congrès le 6 février, l’organisation collective en OP et en AOP apparaît comme l’un des moyens les plus rapides pour y parvenir.

Pour le président de la FNB Bruno Dufayet, l'AOP est un moyen d'aller chercher collectivement et rapidement de la valeurPour le président de la FNB Bruno Dufayet, l'AOP est un moyen d'aller chercher collectivement et rapidement de la valeur. (©Terre-net Média) 

« Dans notre filière, tous les signaux sont au vert. La production est en adéquation avec la consommation, nous avons une capacité à exporter, l’importation reste maîtrisée… Malgré tout, on a des niveaux de prix extrêmement bas. Seulement 10 % de nos éleveurs gagnent mieux que le Smic, pour 50 h de travail… », a rappelé Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB), en conclusion du congrès de l’organisation, le 6 février. Pendant deux jours, à Anse (Rhône), les éleveurs bovins ont ainsi réfléchi aux leviers pour aller rapidement chercher de la valeur et rémunérer justement les producteurs.

Et ce qui ressort des débats, c’est bien la nécessité de s’organiser davantage pour peser collectivement, d’autant plus que le cadre réglementaire est désormais favorable, au niveau français comme européen, à la création d’OP et d’associations d’OP (AOP). Pour Philippe Auger, président d’Elvea, les OP fonctionnent pour négocier des prix supérieurs à ceux du marché national, mais sur des volumes insuffisants.

Si pour Bruno Colin, président du pôle animal de la Coopération agricole, « pour jouer collectif, il faut jouer collectif jusqu’au distributeur et jusqu’au consommateur, avec au final un consommateur qui accepte de payer le prix », le président de la FNB refuse quant à lui de chercher des excuses à l’amont de la filière qui n’a pas encore su changer ses pratiques pour imposer des prix. « On n’arrive déjà même pas à s’organiser entre nous ! », rappelle-t-il. La question, c’est « comment on fait demain pour que toutes nos OP arrivent à parler entre elles, alors qu’aujourd’hui on se tire la bourre pour chercher du marché. Ça fait partie de ces choses qui génèrent du prix bas, parce qu’on n’a pas encore changé le logiciel. » D’autant plus qu’en face, rappelle Jean-Christophe Roubin, directeur Agriculture au Crédit agricole, « nos compétiteurs aux niveaux européen et mondial, eux, sont organisés ».

Une coopération qui déçoit

Le problème n’est pas le marché, « le problème est entre les acteurs de cette filière », ajoute Bruno Dufayet. À ce niveau, la coopération a beaucoup déçu. Clément Traineau, JA dans le Maine-et-Loire, en a fait l’expérience : convaincu par le système coopératif, le jeune éleveur a tout de même fini par se tourner vers le privé pour vendre ses bêtes en label rouge, quitte à « faire la segmentation moi-même ». « Un fossé se creuse entre adhérent et coopérative, car il n’y a pas assez de retour », regrette-t-il.

Poussé dans ses retranchements par les questions de la salle, Bruno Colin a de son côté pris l'engagement de donner dès le lendemain, auprès des adhérents du pôle animal, la consigne d'envoyer des propositions de contrats construits sur la base du coût de production.

« Dire que les grandes coopératives ne savent pas gérer, c’est nous diviser, et ça causera la fin de la filière », a réagi Patrice Dumas, président de la Coopération agricole Auvergne-Rhône-Alpes, accusant le ministre de l’agriculture qui assistait aux débats d’alimenter cette division. « Moi, je défendrai toujours la coopération. Mais j’aimerais que vous rémunériez les éleveurs correctement ! », lui a directement répondu Didier Guillaume lors de son discours, sous les applaudissements de la salle. 

Renforcer les OP

« C’est à vous d’avancer ensemble, parce que aujourd’hui, si les prix n’y sont pas, c’est qu’au milieu il y a un maillon qui ne fonctionne pas », a également estimé le ministre répétant, depuis près d’un an maintenant,  que « la loi Egalim aujourd’hui ne fonctionne pas », et que « le compte n’y est pas ». « À un moment elle fonctionnera (NDLR : la loi Egalim), le jour où les agriculteurs gagneront mieux leur vie, et c’est là-dessus que nous devons travailler », a-t-il réaffirmé.

Ce travail passera par le renforcement des OP qui ont parfois besoin d’être rassurées face à la peur d’être trop petites, d’être seules à se lancer, et globalement de prendre des risques dans un contexte économique déjà difficile. Et alors que la mission première d’une OP est de regrouper les producteurs pour aller chercher de la valeur, « aujourd’hui, l’objectif est devenu financier, on veut équilibrer les comptes », regrette Bruno Dufayet.

Pour le président de la FNB, il faut désormais avancer rapidement sur le sujet du prix, via les leviers de la loi Egalim, à travers les contrats, mais aussi en réfléchissant à un vrai projet d’AOP : « c’est une solution simple qui peut générer de la valeur, elle aura le mérite à la fois de fédérer, de mutualiser les moyens. Et surtout, de permettre aux producteurs d’être plus forts dans la négociation. On a besoin de rééquilibrer les rapports de force. Le collectif est la meilleure solution ». Le ministre a par ailleurs promis d’organiser une réunion à ce sujet après le Salon de l’agriculture.