« Débit de chantier élevé, réduction de la charge de travail post-moisson et des charges de mécanisation... » : semer des couverts avant la récolte de la céréale précédente présente plusieurs bénéfices, selon Antoine Galland, ingénieur d'étude Agro-Transfert ressources et territoire. « La faisabilité technique peut néanmoins être un frein à ce type de semis. » Pour y voir plus clair, l'expert fait le point sur trois années d'essais.

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Semer des couverts avant la récolte de la céréale précédente permet un « important gain de temps grâce à des débits de chantier élevés. C'est aussi un moyen de réduire la charge de travail post-moisson, en décalant des chantiers avant la récolte, et de réduire les charges de mécanisation liées à l'implantation des couverts », énumère Antoine Galland d'Agro-Transfert. « Enfin, via des semis précoces, la productivité des couverts est améliorée par l'augmentation de la durée de végétation dans une période de jours longs et de sommes de températures élevées ».

 Plusieurs points d'attention

« La faisabilité technique » peut néanmoins freiner le développement de cette technique. À ce sujet, Antoine Galland nous indique « quelques règles de décision indispensables », qui ont été mises en évidence par trois années d'essais dans le cadre du projet "Multifonctionnalité des couverts d'interculture" »: 

  • « Proscrire les parcelles avec forte présence de dicotylédones et de vivaces au moment de la récolte (chénopodes, chardons, laiterons...) » ;
  • « S'assurer de la bonne répartition des pailles et menues pailles lors de la moisson » ;
  • « Choisir des espèces et variétés adaptées » ;
  • « Semer moins de trois semaines avant la récolte » ;
  • « Être patient : le couvert germe souvent après la première pluie significative post-récolte » ;
  • « Parvenir à épandre les semences sur la largeur souhaitée ».

Le sujet de la largeur d'épandage a d'ailleurs fait l'objet de plusieurs essais, toujours dans le cadre du projet "Multifonctionnalité des couverts d'interculture". Car « avec un épandeur centrifuge et des graines nues, il est impossible de projeter une largeur de plus de 28 m la plupart des espèces, hormis les vesces ». 

Pelletiser les semences de couverts... 

En 2019 et 2020, Les équipes ont donc testé différentes méthodes pour contrer ce problème, comme « coller les graines entre elles pour les alourdir (pellets) et ainsi pourvoir les épandre sur une largeur plus importante, ou bien utiliser un semoir dédié à cet usage ». L'investissement initial va alors « de 0 (pellets) à 20 000 € (semoir spécifique) pour un coût d'implantation de 4 €/ha (amortissement compris) et un débit de chantier allant de 6 à 15 ha/ha, en fonction de la largeur visée ».

Voici les trois modalités des essais (même mélange semé à la même date) : 

  • Semis d'un témoin avec un Delimbe T28 ; 
  • Semis des graines collées entre elles, avec un Delimbe T28 (pellets) ; 
  • Semis des graines non collées avec un semoir spécifique.

« Les propriétés des pellets confectionnés sont assez proches des engrais, observe Antoine Galland : un diamètre légèrement moins élevé, mais une densité supérieure. Ce qui leur permet d'être épandus sur des largeurs allant de 24 à 40 m ».

Ou utiliser un semoir spécifique ? 

Autre technique étudiée : l'utilisation de matériel spécifique pour le semis de couverts avant récolte. Trois catégories sont aujourd'hui disponibles, indique Romain Ioos de la société Alpha-Semences. On peut « épandre les graines le jour de la moisson à l'aide de distributeurs de petite capacité placés sous la barre de coupe. Cette technique a l'avantage de tout faire en un seul passage, pour autant elle nécessite une très bonne organisation de chantier de récolte, ainsi qu'une bonne répartition des pailles et menues paille derrière le broyeur pour une levée plus homogène ». Autre frein soulevé : « la contrainte de rechargement dans des périodes de travail déjà intenses », précise Romain Ioos. 

Le deuxième type de semoir spécifique testé consiste à « utiliser les voies de passage de tracteur pour épandre avec un outil spécialement conçu pour cela. La société Alpha Semences a notamment inventé un semoir dédié pour épandre de 24 à 40 m. Avec une trémie centrale de grosse capacité située à l'arrière du tracteur, les graines sont ensuite envoyées par soufflerie jusqu'aux deux extrémités des rampes (DPA) ». Ce type de semoir peut aussi servir pour « épandre des graines sous couvert d'une culture en place, par exemple luzerne ou trèfle au printemps sous blé ou colza ». L'autre semoir est le MaxiCouv, « modèle breton qui permet d'épandre les graines jusqu'à 24 m de largeur ».

Enfin, « il est aussi possible de monter soi-même des petits semoirs centrifuges sur les rampes d'un pulvérisateur, le coût est ainsi limité ». « Tous ces semoirs avec rampes présentent un débit de chantier rapide, entre 6 et 35 ha/h. »

Pour Romain Ioss, les essais réalisés montrent que « le semis de couverts avant récolte est tout à fait possible et permet de produire des biomasses élevées ». Les techniques de semis de graines en pellets ou d'utilisation d'un semoir spécifique montrent, en effet, « une meilleure répartition des graines de couvert » et obtiennent respectivement un rendement de 2,7 et 2,9 t de MS/ha, contre 1,8 t de MS/ha pour la modalité témoin. 

Résultats d'essais semis de couverts avant récolte (Agro-Transfert 2019 et 2020)

 Rendement (t de MS/ha)Modalité témoin - semis avec un Delimbe T28 1,8Semis de pellets avec un Delimbe T282,7Semis avec un semoir spécifique2,9