Sur un marché mondial qui fait face à des incertitudes liées au climat et au contexte sanitaire, la forte présence, aux achats, de la Chine sur le blé tendre et le maïs entretient une dynamique significative. Côté français, la compétitivité s’affirme pour le blé tendre en direction des pays tiers, et de l’UE pour le maïs grains, tandis que le reconfinement incite FranceAgriMer à revoir la répartition des différents postes d’utilisation des céréales sur le marché domestique.

Tiré par la demande chinoise et les incertitudes climatiques, le marché mondial est dynamique, et la France maintient une bonne compétitivitéTiré par la demande chinoise et les incertitudes climatiques, le marché mondial est dynamique, et la France maintient une bonne compétitivité. (©Terre-net Média) 

Les inquiétudes climatiques et la très forte demande chinoise bouleversent les équilibres des échanges mondiaux, conduisant à des stocks au final tendus, particulièrement pour le maïs, où ils sont au plus bas depuis cinq ans. Aux États-Unis, ils baissent de - 12 Mt à 43,2 Mt, en lien avec une production revue en recul de 5,5 Mt à 368 Mt et des exportations record à 67 Mt (+ 8,3 Mt), a rappelé Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre de FranceAgriMer, lors d'une conférence de presse suite au conseil spécialisé "grandes cultures", le 17 novembre.

Dans le cadre de l’accord commercial de phase 1, 10,7 Mt de maïs américain ont déjà été engagées à l’exportation, sur 34 Mt prévues, une évolution qui s’explique côté chinois par la très forte demande pour l’alimentation animale, face notamment à une reconstitution plus rapide qu’anticipée du cheptel porcin. À noter que les importations chinoises sont estimées à 13 Mt par l’USDA, mais à 22 Mt par l’ambassade américaine à Pékin. L’Ukraine voit de son côté ses niveaux de production et d’exportation révisées à la baisse, respectivement à 28,5 Mt et 22,5 Mt.

La demande des importateurs reste forte

En blé tendre, les stocks également tendus se reflètent dans l’évolution des cours internationaux, à la hausse depuis fin septembre-début octobre, notamment pour les origines mer Noire, française et australienne. La demande des importateurs reste forte. L’Algérie, malgré la libéralisation du cahier des charges, n’a toujours pas acheté de blé russe, aux prix trop élevés, et privilégie des origines UE. Le Pakistan développe également ses importations face à une forte hausse des prix sur son marché intérieur, et privilégie l’Ukraine.

Du côté de l’offre, l’Australie revient en force sur le marché mondial, avec un disponible exportable à 18-19 Mt, à destination principalement de l’Asie. Un projet d’accord de libre-échange, signé le 15 novembre lors d’un sommet virtuel de l’Asean entre la Chine et les pays du sud-est asiatique, pourrait par ailleurs favoriser une détente entre l’Australie et la Chine dans les prochains mois. Les relations Chine/Australie seront aussi à surveiller en ce qui concerne l’orge, le deuxième exportateur australien ayant récemment vu ses ventes vers la Chine interrompues en raison d’impuretés décelées dans ses livraisons.

France : le confinement modifie les équilibres, l’export reste dynamique

Si le premier confinement a permis de tirer certaines leçons, la situation est différente aujourd’hui. « Les équilibres de prix ont changé, le maïs a fortement augmenté, et les disponibilités françaises sont moindres avec une récolte très basse », explique Marion Duval, adjointe au chef de l’unité Grains et sucre de FranceAgriMer.

En blé tendre, les postes d’utilisation ont été revus par rapport au mois précédent, avec une biscuiterie industrielle en retrait par rapport aux trois premiers mois de 2019/20, tandis que les utilisations pour la panification sont revues à la hausse, à 2,7 Mt. Face à une moindre disponibilité du maïs, les céréales à paille pourraient regagner en compétitivité dans l’alimentation du bétail, d’où une augmentation de 100 000 t. La compétitivité française s’affirme à l’export sur un marché pays tiers dynamique, avec une révision à la hausse à 6,85 Mt (contre 6 7 Mt le mois dernier). 

Sur les orges, le point marquant est le poste malterie, directement impacté par le reconfinement (fermeture des bars, pas de spectacles et annulation des marchés de Noël, débouchés importants pour les bières). La baisse est pour le moment attribuée à l’utilisation intérieure, les exports se maintenant à 1,4 Mt.

En maïs grains, les postes d’utilisations domestiques varient avec la fermeture d’une amidonnerie, et la hausse du blé tendre dans les fabrications d'aliments du bétail. Les exports français sont soutenus par un marché dynamique, la bonne compétitivité française sur le marché européen et le moindre disponible exportable de l’Ukraine, portant les prévisions à 4,3 Mt, en progression de 50 000 t par rapport au mois dernier.  

En blé dur, le total disponible est en hausse à 1,76 Mt. FranceAgriMer a rééquilibré les utilisations entre le domestique (- 10 000 t) et l'export, les exportations françaises, bien que concurrencées par le Canada sur les destinations européennes, restent dynamiques vers les pays tiers, avec une hausse à + 20 000 t.